Lutte contre le blanchiment d’argent: Les ‘’déficiences stratégiques’’ du Sénégal

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Le Sénégal et trois autres pays ont été placés, au mois de février, sous surveillance par le Groupe d’action financière (GAFI) pour leurs manquements dans la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
C’est en tout cas une des conclusions à laquelle a abouti le Groupe d’action financière (GAFI), un organisme intergouvernemental a ajouté, à l’issue d’une réunion plénière.

Ces conclusions ont été évoquées hier, lors de la première rencontre trimestrielle de l’année 2021 entre la Direction nationale de la BCEAO et les dirigeants des établissements de crédit, en visioconférence.

Le principal thème retenu est : ‘’Le renforcement des dispositifs internes de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT)’’.

Le Sénégal et les pays concerné ont heureusement promis de redresser la barre et d’être désormais plus actifs dans leur politique de lutte contre le blanchiment de capitaux, un des aspects les plus nocifs de la délinquance financière.

Cette première réunion organisée en visioconférence a été présidée, selon l’Aps, par Ahmadou Al Aminou LO, Directeur National de la BCEAO pour le Sénégal, en présence du président de l’Association Professionnelle des Banques et Etablissements Financiers du Sénégal (APBEFS), Mamadou Bocar Sy, des Directeurs Généraux des établissements de crédit ou de leurs représentants ainsi que du Directeur Exécutif de l’APBEFS.

Le blanchiment de capitaux est un délit pénalement sanctionné qui consiste à donner une apparence légitime à des capitaux qui, en vérité, proviennent d’activités illicites telles que le trafic de stupéfiants, les activités criminelles, la corruption, la prostitution, le trafic d’armes, certains types de fraude fiscale, etc.

Pourtant, le Sénégal, dans la souci de prévention et de lutte contre le blanchiment de capitaux, a mis en place la Cellule Nationale de Traitement des Informations Financières (CENTIF) placée sous la tutelle du Ministre chargé des Finances dont la mission est justement de recueillir et de traiter le renseignement financier sur les circuits de blanchiment de capitaux.

Cette mauvaise note du Sénégal n’est pas étonnante parce qu’elle s’inscrit dans une logique de déficit et défaillance en matière de lutte contre la corruption en général.

Les nombreuses institutions de contrôle dont l’Ofnac et la Centif sans oublier la Cour des comptes ne voient pas leurs rapports suivis d’effets en vertu du principe d’hiérarchie qui lie le Parquet et la Chancellerie.

Le droit de regard qu’exerce l’Exécutif dans certains dossiers rend la lutte contre le blanchiment d’argent et la corruption au sens large, très difficile.

La preuve, un des caciques du régime Moustapha Cissé Lô, aujourd’hui en retrait des activités politiques, disait que la plupart des bâtiments construits à Dakar étaient le fait de blanchiment d’argent. Et qu’il pouvait donner des preuves au Procureur. Ce qui n’a pas nullement poussé les autorités concernées à le convoquer, à cet effet.

Certes, les banques ont exprimé leur volonté notamment en vertu de leur obligation de vigilance envers leurs clients lors de cette rencontre de mercredi, mais, la solution ne peut venir que d’une réelle volonté politique.

Si les rapports des institutions concernées sont suivis d’effets, sans considération aucune de leur appartenance sociale et politique, des pas de géants pourront ainsi être accomplis dans la lutte contre la corruption, le blanchiment de capitaux et la lutte contre le terrorisme.

Nous osons espérer que le Sénégal tirera toutes les conséquences de cette mauvaise note et inscrira désormais son action dans le renforcement des actions des institutions de contrôle, des tribunaux comme la Crei en bonne intelligence avec les banques et les institutions financières de la place.

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