PHILOSOPHIE « BAYE FALL » : Naby à cœur ouvert

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Né à Dakar le 8 mars 1976, Naby Ibrahima Condé a grandi à Mbour. De père guinéen (instituteur) et de mère malienne (directrice d’école), l’artiste, après dix ans d’absence de la scène musicale, revient avec un nouveau album de 15 titres intitulé ‘’Sama Art’’. L’esprit « Baye Fall », le clash dans le rap, ses rapports avec les autres artistes, Naby se confie. Sans détours. Entretien.

DEPUIS VOTRE PREMIER ALBUM ET VOTRE PRIX DECOUVERTE RFI, VOUS VOUS ETES FAIT RARE. LA RAISON ?

Apres le prix « Découverte Rfi » en 2009, j’ai eu à avoir d’autres prix de la francophonie, du Canada, entre autres et par la suite j’ai pu aller en Asie pour un autre prix qui a fait que j’ai pu faire le tour du Canada j’ai aussi fait le Vietnam. J’ai beaucoup voyagé, par la suite j’ai pu faire un album avec Passy qui s’appelle Ere Afrique. Et après j’ai continué à faire des concerts puis je suis revenu au Sénégal en faisant le tour des régions. Puis après ça je suis resté en retrait pour pouvoir travailler, avoir de l’inspiration, « refaire » bien le travail. Sinon j’avoue que le prix découverte Rfi à un peu freiner mon inspiration, c’est une chose à laquelle je ne m’attendais pas. Et après il fallait que je me remette en place pour aller chercher de l’inspiration et parler un peu de mon vécu car tout ce que tu ne vis pas tu ne peux pas en parler. C’est un peu tout cela qui a fait que je me sois mis en retrait. Si non pour ce qui est de mon genre musicale, le reggae c’est quelque chose qui est en moi, c’est un cri du cœur, pour moi c’est une charade et il faut aller chercher et c’est ce qui me plait dans ça. Le reggae est une musique de vérité.

EST-VRAI QUE LE SUCCES A ETE TRES DIFFICILE A GERER POUR VOUS ?

Je n’ai pas pu gérer tout ce qui m’est arrivé en 2009, Je l’avoue. A vrai dire c’était brusque et ça m’a un peu fait peur ; ça amené des discordes dans le groupe où j’étais, c’était intense et  il y avait trop de boulot.

COMMENT COMPTEZ-VOUS FAIRE LA PROMOTION DE VOTRE NOUVEL ALBUM AVEC LA CRISE SANITAIRE QUI SEVIT ACTUELLEMENT ?

La crise a tout chamboulé certes mais comme on dit, il faut toujours croire en soi et c’est ce que je fais. Je tiens à préciser qu’avant que la crise ne fasse son apparition avec mon groupe nous étions déjà en train de préparer cet album en studio. Sinon la Covid a bloqué pas mal de mes projets et casser un peu cet engouement que j’avais. Mais à côté de ça, je pense que c’est mal pour un bien et ça doit nous donner beaucoup de leçon. Je pense qu’aujourd’hui le Sénégal a besoin d’un artiste comme moi. A chaque fois on me pose des questions dans le genre : où était tu ? Que faisais-tu ? Pourquoi tu ne donnais plus de nouvelles ? Pourquoi tu nous a sevrer ? Et la réponse à tout ça c’est que je ne peux pas raconter ce que je n’ai pas vécu. Mon premier album intitulé « Demna » avec mon groupe on l’a fait sur 10 ans et pareil pour cet album. Je me rappelle d’un grand monsieur Djibril Mambéty qui disait : un tableau qui ne reste pas 10ans n’est pas un tableau. Et l’album Demna qu’on a fait à 10 ans est jusqu’à présent écouter et c’est ce que je veux faire pour ce nouvel album, des œuvres classiques que l’on peut écouter pendant des années.

VOUS AVEZ EU A COTOYER DE GRANDS ARTISTES COMME TIKEN JAH FAKOLY, ANGELIQUE KIDJO. QU’EST-CE QUE VOUS AVEZ APPRIS AUPRES D’EUX ?

C’était grandiose pour moi de faire les premières parties de Tiken Jah et d’Angélique Kidjo. Nous avons eu de bons rapports. Quand ils sont en Europe, j’ai l’occasion de les voir, nous sommes amis. Tout ça m’a donné la niaque de pouvoir avoir le « truc scénique » sur la scéne.Tiken Jah est une personne vraie et Angélique, elle c’est une grande dame avec beaucoup de sagesse. Et quand ils te parlent ils te disent que la vérité comment tu dois être, tu apprends d’eux  beaucoup de choses comme par exemple pouvoir affronter le public…

PARLEZ NOUS DE VOTRE NOUVEL ALBUM

Dans cet album, j’y ai tout mis : ma force, mon cœur. J’ai fait sortir tout ce que j’ai appris sur le tas, sur la route et c’est ce que j’ai retranscris dans cet album. Il y a beaucoup de couleur dedans mais je reste toujours dans le reggae. La sortie est prévue pour le 27 Février. Nous allons faire sortir 5 morceaux, c’est à cause de la Covid qu’on adopte cette stratégie, pour pouvoir être dans la magie. Nous allons faire gouter aux sénégalais les 5 morceaux et les autres morceaux sortiront après, ils sont déjà prêt.  Pour ce qui est des thèmes, j’en ai abordé pas mal. Nous avons fait un morceau qui s’appelle « SOUHAIT ». En gros c’est tout ce que je souhaite au public, à ma famille et a tout le monde. Un morceau qui s’appelle «  DELU6WAAT ARTS», c’est un morceau où je reviens, je parle de moi, de ma famille, des pays que j’ai fréquentés. Il y a « LOVE AGAIN » un morceau qui parle d’amour. « I WANNA FLY »,  entre autres. « SAMA ART », c’est le titre de l’album

QU’AVEZ-VOUS APPRIS DE VOTRE VOYAGE AU VIETNAM ?

Ce que j’y ai appris était un peu vague parce que c’était trop rapide. Sinon j’ai découvert un pays que je voyais à la télévision et qui a vécu la guerre. Quand j’y suis allé, l’économie prenait forme et les plus jeunes prenaient le commerce en main. C’était un voyage très intéressant, je les ai trouvés en train de revivre. D’ailleurs au Vietnam, on m’a élevé au rang de Chevalier lors d’un concert. Sinon le pays qui m’a le plus marqué lors de mes voyages est le Congo. C’est un beau pays et j’y ai appris beaucoup de choses. J’y ai aussi rencontré un vieux monsieur qui d’ailleurs est dans l’un de nos morceaux. Ce dernier m’a dit que l’Afrique est bancale et j’ai compris beaucoup de choses dedans. Nous devons nous remettre en question  et refaire notre Afrique normalement. Ça je l’ai compris au Congo, j’ai été là où se trouvait la guerre. Au Congo, on n’a fait un clip avec Passy (chanteur) qui s’appelle « Avancer ».

QUE REPRESENTE LA PHILOSOPHIE « BAYE FALL »  POUR VOUS. UN REFUGE OU UNE MANIERE DE RENAITRE ?

Je ne dirais pas un refuge, mais plutôt une façon d’être, quelque chose qui m’appartient et que j’accepte. J’accepte tout ce que j’ai trouvé ici il y a  belle lurette, que mes parents, arrières parents ont fait. Et comme je suis musulman, je me vois bien « baye fall » parce que le concept du baye fall c’est « deugeul, dioubeul, léral, soukou.. » et c’est ça qui me plait dans ce concept. Sinon j’ai un grand nom : je m’appelle Naby (rire)

AVEZ-VOUS REÇU UN SOUTIEN DU MINISTERE ?

Je dirais non (il se répète) ! Je n’ai jamais eu de soutien venant de qui que ce soit. Je me suis toujours débrouillé tout seul, que ce soit difficile ou non, les hauts et les bas, je les connais. Je n’ai jamais eu d’aide, après tout ce que j’ai fait, tous les prix que j’ai eu à remporter, je n’ai jamais rencontré mon ministre. Sinon j’ai eu l’occasion d’aller au Gabon et j’y ai rencontré le ministre de la culture. Là-bas j’ai eu à le rencontrer mais ici jamais. J’ai aussi rencontré l’ancien président Abdou Diouf, nous étions en Suisse ensemble. A part le centre culturel français, il n’y a eu aucun acteur culturel d’ici qui a eu à me convoquer pour quoi que ce soit. C’est très frustrant (il insiste), parce que de mes propres moyens, je me suis débrouillé pour ramener un prix qui n’est pas petit quand même il faut le dire. J’ai ramené d’autres prix mais jamais je n’ai eu l’occasion d’avoir un des gouvernants de mon pays qui m’ont félicité. Si nous voulons que l’art marche au Sénégal il faudrait que nos acteurs culturels nous fassent l’école normalement. Qu’il y  ait un volet dans l’école sénégalaise où l’on parle de musique.

QUELS SONT VOS RAPPORTS AVEC LES AUTRES ARTISTES ?

Je n’ai pas de problème avec mes confrères artistes du Sénégal, nous sommes tous des amis. Juste que nous ne nous fréquentons pas, nous n’avons pas les même fréquentations. Je ne suis pas du genre à courir derrière les gens, je suis un artiste, je fais mon travail comme il se doit, je ne le fais ni pour Paul, ni pour Jean, je le fais pour moi. Je ne joue pas, je ne sais pas jouer, d’ailleurs j’ai même des problèmes pour parler tellement que ça tourne dans ma tête. Je suis quelqu’un de passif, de très ouvert, de très gentil. Pour ce qui est des erreurs, nous en faisons tous. Et mes erreurs, on fait de moi celui que je suis aujourd’hui. C’est grâce à elles (ses erreurs)  que j’ai pu avoir de l’inspiration.

A QUOI DOIVENT S’ATTENDRE LES SENEGALAIS DE NABY ?

Les sénégalais verront un artiste qui a eu du vécu. 20 ans c’est quand même quelque chose, j’ai eu à faire beaucoup de scènes, rencontrer beaucoup de grand monsieur de la musique. Ils verront d’abord un papa, et je me dis que j’ai pris beaucoup de sagesse.

QUELLE APPRECIATION FAITES-VOUS DU CLASH DANS LE RAP SENEGALAIS ?

 Je le dis haut et fort « aye clash diangaloul kene dara ».  le clash n’apporte rien à personne. Ils n’ont pas de vécu et ils veulent raconter leurs « conneries ». Pour moi c’est n’importe quoi. Ils n’apprennent rien du tout et rien que pour ça on ne doit pas les mettre à la télé. Nous n’avons pas besoin de faire comme les américains, eux ils ont tout ce qu’il faut. Ici nous avons besoin d’être un peu plus civilisés. Ils ont besoin d’apprendre comme moi aussi d’ailleurs. Sinon pour ce qui est de travailler avec eux, moi je suis ouvert, sauf qu’ils ne feront pas ce qu’ils font là (clasher). Je pense que pour que les choses marchent, il faudrait que chacun reste à sa place et que chacun travaille normalement, qu’on ne soit pas avare. Au Sénégal, nous pouvons tous vivre de l’art.

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