CANABASSE :Le rappeur devenu chef d’entreprise




Ceux qui l’ont rencontré le décrivent comme le «type le plus cool dans la pièce». Et pourtant, derrière cette posture calme se cache un entrepreneur zélé, qui multiplie les investissements en partant du principe que son talent, le rap, est plus «un moyen qu’une fin». Lui, c’est Canabasse, de son vrai nom, Abdou Basse Dia. Naît en 1984, Canabasse s’est doté d’une studio de production et d’une marque streetwear. Buzzlab, le label qu’il dirige répond, si l’on se fie à ses propos, à un besoin de renouvellement de la scène du hip-hop sénégalais.  Avec une carrière très riche, Cannabase a multiplié les récompenses artistiques et, également, les investissements dans les secteurs du divertissement jusqu’à devenir un rappeur chef d’entreprise. Il se confie sur la naissance de son nouvel album «4 The Buzz 4» et des critiques qui ont escorté sa sortie.

Le rap, fabrique à clashs

On ne vous apprendra rien si on vous dit que les rappeurs, pour bon nombre d’entre eux, ont un ego surdimensionné. Dans le rap game, lorsqu’on veut s’imposer, il faut savoir montrer les crocs et protéger son territoire. Parce qu’une rime bien sentie peut vous transpercer comme une balle de 9mm, quoi de plus normal que de voir un rappeur malmener un rival dans une chanson? Cannabasse s’y est essayé. « Le rap sans les clashs n’est plus du rap » (du rap sans clash n’est pas intéressant), a-t-il défendu tout en refusant de faire dans de l’insolence et de la vulgarité à tout-va. Tout dépend du thème, car « je ne vais pas chanter ma mère ou Dieu en insultant…

Buzzlab, le label rap made in Sénégal

Buzzlab, label dirigé depuis 2013 assume une rupture et une évolution se caractérisant par un rap moins agressif et une ambition de se mettre aux normes internationales par des mélodies accessibles », en français et en anglais, s’il le faut. Une vieille maman qui regarde un clip de rap sénégalais ne comprendrait pas forcément ce qu’on veut dire. Dans le dernier clip sorti (par Buzzlab), on a une fille voilée, on a des jeunes qui travaillent, qui aspirent au mariage, donc à fonder une famille. C’est vraiment cette image qui est en phase avec nos réalités, en lieu et place d’un rap véhiculant un message qui ne colle pas avec les réalités sociales.

«4 The Buzz 4»

« 4 The Buzz 4 », le tout premier album du collectif Buzzlab est sorti le 7 août. Après trois mixtapes, c’est une sorte de consécration… Oui, on peut dire ça ! Depuis le lancement de Buzzlab en 2013, on ne faisait que des mixtapes en effet et beaucoup attendaient cet album. Aujourd’hui, c’est une véritable évolution avec huit artistes présents sur l’album dont Cheeks, Cool Black Lion, Zou Kana. Cet album a pris du temps mais, il ne faut pas oublier que la vocation de Buzzlab est d’aller à la découverte de talents et leur permettre de se révéler. Il y a eu de belles révélations depuis le lancement, mais aussi des départs pour des carrières en solo.

Recrutement buzzlabb

C’est vraiment au feeling, on ne fait pas de casting à proprement parler. Parfois c’est juste du bouche à oreille. Maintenant qu’on a fait nos preuves, pour le recrutement des nouveaux artistes, ce sont eux-mêmes qui viennent nous voir. D’autres fréquentaient déjà notre studio d’enregistrement, donc il y avait déjà une certaine connexion quand on les a découverts. Vous subissez déjà des critiques sur le style de vos poulains dans cet album. On parle souvent de rap dilué, pas assez «dirty source»…

Cet album n’est pas agressif

Tout le monde est libre de critiquer. Le public est assez mature et ouvert pour juger ce qu’on lui donne. Ceux qui critiquent ne se sont basés que sur ce dernier album, mais ce qu’on a fait est en phase avec notre public. Le problème de cet album, d’après les critiques, c’est qu’il n’y a pas trop cette identité hip-hop qui veut des morceaux où l’on clashe. Cet album n’est pas agressif. Et justement, c’est cela qu’on voulait ; apporter du son mature sur la forme et sur le fond. On a traité des sujets sociaux sur un fond musical vraiment accessible au grand public. Aujourd’hui, un jeune qui écoute cet album, peut aussi le faire écouter à ses parents. 

Sur notre dernier clip, « Bou Bakh bi », les images sont soft

Exactement, c’est une rupture et une évolution. Sur notre dernier clip, Bou Bakh bi (C’est la bonne), les images sont très soft et socialement acceptables. Aujourd’hui, le hip-hop sénégalais est en déphasage total avec la société sénégalaise. Une vieille maman qui regarde un clip de rap sénégalais ne comprendrait pas forcément ce qu’on veut dire. Dans le dernier clip sorti, on a une fille voilée, on a des jeunes qui travaillent, qui aspirent au mariage, donc à fonder une famille. C’est vraiment cette image qui est en phase avec nos réalités. Et de l’autre côté, il y a des rappeurs qui véhiculent un message qui ne colle pas avec les réalités sociales.

Ce qui a un peu bloqué ma carrière

J’avoue que le fait d’avoir ouvert la porte à d’autres artistes a un peu bloqué ma carrière personnelle. Le temps que je mettais à mûrir mes projets s’est trouvé divisé par le nombre d’artistes qui étaient au studio. Cette double casquette a effectivement un revers : depuis 2016, je n’ai pas sorti d’album solo. Mais, Buzzlabb est aussi important pour moi, cela permet de renouveler la scène du hip-hop sénégalais. Dans ce pays, peu d’artistes de l’ancienne génération ont ce reflexe-là ; pousser les jeunes à bénéficier de leurs propres expériences. Aujourd’hui, je réfléchis pour trouver un équilibre, car je ne compte pas arrêter ma carrière solo. J’ai un public qui m’attend.




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