DÉCÈS DE QUATRE ANCIENS CHEFS D’ETAT DE L’AFRIQUE DE L’OUEST: Ils sont tous devenus ‘’compétents’’ après leur mort

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Après la mort de Moussa Traoré et d’Amadou Toumani Touré au Mali, en l’espace de quelques jours, l’Afrique subsaharienne vient encore d’enregistrer celle des anciens Présidents Abdallah de la Mauritanie et Mamadou Tandja du Niger.

Cela fait la perte de quatre présidents qui ont eu la particularité d’avoir tous été renversés par des coups d’Etat militaires.

Pourtant, ils ont géré leurs différents pays dans des contextes difficiles, ont fait des résultats même si le parfait n’est pas de ce monde.

Malheureusement, à un moment donné, certains, notamment dans les rangs des armés de leurs pays, ont actionné une sorte de var pour décréter qu’ils doivent partir et être remplacés.

A chaque fois, la suite des évènements a montré que leurs successeurs n’ont guère fait mieux. Ces quatre pays ont une autre particularité, celle de faire partie des plus pauvres de la planète où, parfois, l’instabilité institutionnelle est chronique.

Mais, ce qui frappe surtout l’observateur, c’est que, comme par magie, ils sont tous appréciés par leurs concitoyens dont les témoignages ne tarissent pas après leur mort.

Nous croyions que cette spécificité était purement sénégalaise. Car, ici, tous les morts sont ‘’gentils’’, ‘’valeureux’’, ‘’honnêtes’’, ‘’exceptionnels’’, etc.

En réalité, c’est une réalité africaine. On ne dit pas du mal à un mort, surtout s’il est vrai qu’il a beaucoup travaillé pour son pays, un bilan souvent palpable.

Nous avons surtout été surpris par le volume des témoignages et l’unanimité autour de la qualité des réalisations d’un Président de trempe de ATT. Tout le Mali a reconnu ses réalisations qui, selon beaucoup, sont encore les seules dans ce pays.

Le Général Moussa Traoré à, lui aussi reçu tout dernièrement les militaires qui ont organisé le dernier coup d’Etat. C’est dire qu’il était encore écouté dans son pays même si l’on raconte qu’il a dirigé d’une main de fer.

En Mauritanie, le Président Abdallah a été renversé par Aziz qui s’occupait de la sécurité. L’homme subit aujourd’hui les contrecoups de sa trahison.

Le Président Abdallah avait mis en place une législation anti-esclavage et des mesures sociales inédites : banque de céréales, accès au logement, suppression des taxes douanières sur le riz et subvention des prix du gaz et de l’électricité, etc.

Il fut malgré tout renversé. Pareil au Niger. Le Président Mamadou Tandja qui bénéficie des mêmes hommages de son pays, a été renversé par un coup d’Etat alors qu’il était réputé être ‘’le Président du monde rural’’, celui qui s’est battu pour que les disparités entre villes et campagnes soient atténuées avec une batterie de mesures. Il sera renversé également.

C’est dire que subitement, on vient de se rendre compte à quels points ces hommes méritaient de terminer leurs mandats et d’être soumis à des élections libres et transparentes.

Nous l’écrivions à propos du dernier coup d’Etat au Mali. Pour nous, les militaires, stratèges, sont également comme les hommes politiques : ils aspirent à l’exercice du pouvoir et à profiter de ses avantages. Certains maliens n’avaient pas apprécié ces chroniques et l’avaient fait savoir, mais l’histoire nous donne aujourd’hui raison.

En clair, il est vraiment dommage que, tant qu’il est en vie, le Président est ‘’mauvais, incompétent, à la solde de l’étranger, corrompu, pouvoiriste, etc.’’.

Mais, une fois mort, on lui reconnait enfin des qualités et des vertus.

Pour nous, la critique constructive est consubstantielle à la démocratie. Elle lui sert de viatique. Mais, il n’en demeure pas moins qu’il faut aussi savoir apprécier les qualités des hommes, leurs compétences et leurs réalisations.

Le Mali, la Mauritanie et le Niger n’ont rien gagné dans le passé à se débarrasser de ces Chefs d’Etat. Heureusement qu’aucun d’eux n’est mort en exil même si ATT a longtemps séjourné à Dakar.

Il est grand temps que les Africains reconnaissent les mérites de leurs concitoyens, de leur vivant.

Car, le nihilisme, la jalousie et la démagogie ne font pas avancer un pays.

Assane Samb

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