MACOUMBA DIOUF : « Les filières oignon, pomme de terre, carotte et chou sont les plus touchées par la Covid »




Dans cet entretien exclusivement accordé à Rewmi Quotidien, le Directeur de l’horticulture, Dr Macoumba Diouf, est largement revenu sur le sous-secteur durement frappé par la pandémie de Covid-19. D’importants stocks de légumes sont restés invendus.

Vous êtes à la tête de la direction de l’Horticulture. Le monde est frappé par une crise c’est-à-dire la covid-19, quel est l’impact que la pandémie a eu sur le sous-secteur horticole ?

Quand le virus a commencé à se propager, l’Etat avait pris des mesures fortes. Les déplacements ont été limités, le transport interurbain suspendu, les rassemblements interdits. Bref, toutes les grandes rencontres au cours desquelles on consommait beaucoup de légumes ont été annulées. Et comme certains légumes c’est du périssable, ce sont des produits frais, il y a eu quelques problèmes. Car, nous n’avons pas suffisamment d’infrastructures de conservation au Sénégal. Ainsi, y’avait-il un phénomène de mévente mais il y avait aussi une partie des denrées qui commençait à pourrir, donc des pertes post-récolte. La covid a vraiment eu un impact négatif sur le sous-secteur horticole ?

Quelle a été la décision de l’Etat pour soutenir les acteurs ?

Quand nous avons interpellé le chef de l’Etat sur la question, il a tout de suite saisi la Der/Fj (Délégation à l’entrepreneuriat rapide pour les femmes et les jeunes), pour qu’elle finance ce qu’on appelle un fonds revolving au niveau de la banque pour une douzaine à une quinzaine de gros commerçants. C’est pour leur donner de l’argent pour qu’ils aillent acheter ces stocks en souffrance qu’on avait évalués nous Direction de l’horticulture. Pour rappel, c’était autour de 37 mille tonnes pour l’oignon, autour de 4 mille tonnes au début, pour la pomme de terre, à peu près 550 mille tonnes pour la carotte, à peu près 260 mille tonnes pour le chou. C’est sur ces entrefaites que les stocks en souffrance ont été évalués et localisés au niveau des plateformes de commercialisation, ou des centres de groupage. Quand on a donné cette information, un milliard a été mis en fonds revolving  que les commerçants pouvaient aller prendre, acheter et dès que le fonds se termine, on réalimente à nouveau le fonds jusqu’à ce que ces stocks en souffrance se terminent. Par la suite, le Président Sall a mobilisé 1 milliard de F Cfa pour l’acquisition et la distribution d’oignon et de pomme de terre à 65 000 ménages dans le cadre de l’aide alimentaire aux impactés.

Pouvez-vous nous parler du sous-secteur qui a été  le segment le plus touché par la pandémie ?

Je peux dire que les filières oignon, pomme de terre, carotte et chou sont les plus touchées. La preuve ? Ce sont les filières où les productions sont les plus importantes. Et plus la production est importante, plus le nombre de producteurs concernés est important, plus la difficulté impacte négativement les acteurs. S’agissant des produits comme la mangue, on a quelques soucis. Ces soucis viennent surtout de la question de la mouche des fruits. On cherche à limiter le nombre de ce qu’on appelle les interceptions. Parce que si même un container renferme une seule mangue infestée par la mouche, tout le container est détruit et c’est pointé pour le pays d’origine comme un point négatif. Et si vous avez 12 interceptions, ça sera l’embargo, votre pays n’aura plus le droit d’exporter au niveau de l’Union européenne.

Quels sont les efforts qui ont été faits dans le domaine des infrastructures afin de booster les exportations ?

Les efforts qui ont été faits c’est bien avant la pandémie. En termes d’infrastructures et d’exportations, nous avons réalisé la gare de fret à l’aéroport Sédar Senghor qui répond aux normes internationales. Il faut préciser que nous avons des soucis pour son transfert à l’aéroport Blaise Diagne. Car, les locaux n’étaient pas conçus initialement  pour ça. Le prestataire, on va l’appeler, ce sont les Turcs qui gèrent cette partie de l’aéroport conformément aux accords qu’ils avaient signés avec  le gouvernement sénégalais. Les conditions qu’ils posent feraient qu’aucun exportateur ne travaillerait là-bas, ça contribuerait à faire chuter les exportations surtout pour les produits de luxe qui sont exportés par avion et par bateau. Il y a des produits avions, des produits à bateau. Conformément à la volonté des acteurs, le ministre de l’Agriculture a promis de faire tout pour que la gare de fret soit transférée à Sangalkam. Si cela se fait, Sangalkam n’étant pas loin de l’aéroport Blaise Diagne, les craintes allaient se dissiper. Il faut aussi la réalisation d’infrastructures de chambres froides, de magasins de stockage. Mais aussi le volet transformation. Parce que si on les transforme sous d’autres formes, cela sera plus facile de diversifier les consommateurs, ce sera plus facile de les conserver dans le temps, par exemple l’oignon ça peut se conserver en poudre, avec la pomme de terre, on peut faire du surgelé. Voilà un élément important. Mais pour développer ces infrastructures de conservation, je vous le rappelle en 2011 on était à 624 mille tonnes fruits et légumes. En 2019, on est à 1 million 624 mille de tonnes. Des pas quand même ont été faits. Voilà ce que j’ai appelé révolutionner l’horticulture, c’est ce que le Président a fait.

Quelles sont les difficultés auxquelles les acteurs sont confrontés ?

C’est  d’abord  le problème de la conservation. En effet, les pertes   post récolte demeurent importantes, de 25 à 30% de la production. Ça ne doit pas continuer. Il faut également que la recherche introduise un matériel végétal qui permet d’étaler la production, pour aller en campagne avec d’autres variétés. Nous avons aussi des problèmes avec la modernisation de la pratique ou  des pratiques horticoles et c’est depuis le travail du sol jusqu’à la récolte, beaucoup de ces opérations se font encore  de manière manuelle. Ça ne préserve forcément pas  la qualité des produits et ne permet pas au producteur d’intervenir sur une superficie beaucoup plus importante. C’est un manque à gagner. Le niveau d’utilisation d’engrais reste faible. Il faut emblaver ou utiliser des doses pas recommandées. On a besoin que les producteurs soient accompagnés pour accéder à de l’engrais subventionné.  Alors le niveau d’utilisation des engrais restent faible. Donc, il faut en plus de ce que le Pudc et autres programmes d’hydraulique ont fait, que le programme de relance de l’Economie nationale dédie une bonne enveloppe à  la maîtrise de l’eau en termes de forages, de bassins de rétention, de mares à aménager, de vallées aménagées puisqu’autour des vallées, on peut faire de l’horticulture. En plus, les semences horticoles, pour l’essentiel, sont importées. Cela peut paraître paradoxal, mais c’est la réalité. On ne peut pas, pour un sous-secteur aussi important au Sénégal, qui a aussi été renforcé par les pouvoirs publics, qui nous procure autant d’argent redistribué entre les ménages et autant d’argent venant des exportations, dépendre presque totalement d’une production de semences quelque part dans le monde.

Vous voulez parler de la question des semences ?

Les semences horticoles, pour l’essentiel, sont importées. Cela peut paraître paradoxal, mais c’est la réalité. On ne peut pas, pour un sous-secteur aussi important au Sénégal, qui a aussi été renforcé par les pouvoirs publics, qui nous procure autant d’argent redistribué entre les ménages et autant d’argent venant des exportations, dépendre presque totalement d’une production de semences quelque part dans le monde. Donc, dit-il à nos confrères du journal Le quotidien, la Direction de l’horticulture a suggéré au ministre de l’Agriculture de lui permettre de mettre en place un programme de constitution d’un capital semencier pour les cultures horticoles majeures, au moins. Les filières sont nombreuses mais des filières-clés comme la pomme de terre, la carotte, le chou, l’oignon, la patate douce, le manioc, la banane aussi, parce qu’on peut faire des vitro-plants qui ont des rendements beaucoup plus élevés…On peut développer des semences pour ces cultures-clés et stratégiques qui nous permettent de sécuriser la production horticole, quoi qu’il advienne. Le Covid est là pour nous donner le signal. On pouvait arriver à une situation où même si on voulait faire venir des semences de l’étranger, on ne pourrait pas. Est-ce que ça ne veut pas dire qu’on ne devait pas cultiver ? C’est impensable pour un pays. Voilà donc un programme qui me tient beaucoup à cœur.




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