MAGAL DE TOUBA : L’héritage de Bamba à l’épreuve des virus et des vices




Le grand Magal de Touba sera célébré ce mardi dans un contexte de Covid-19. C’est pour cette raison que le Khalife général des Mourides Serigne Mountakha Mbacké, a tenu à lui donner un cachet particulier. Il a édicté le respect des mesures barrières et donc le strict respect de l’avis du corps médical et des recommandations des autorités publiques.

Touba, qui revendique sa souveraineté pour tout ce qui concerne les décisions à consonance religieuse, n’en reconnait pas moins toute l’autorité de l’Etat central et s’inscrit activement dans une attitude républicaine irréprochable.

Ainsi, non seulement, le Khalife général porte le masque en public, mais il a été un des premiers à avoir mis la main à la poche avec une contribution de 200 millions au plan de lutte contre la pandémie.

Ainsi, l’Etat qui respecte aussi l’autonomie des confréries pour ce qui concerne les décisions à prendre dans le cadre de leurs activités, n’a pas du tout cherché à influencer l’autorité centrale mouride pour ce qui concerne la tenue du Magal.

Ce respect mutuel satisfait tout le monde et c’est dans un élan de collaboration des services publics et religieux, que le magal va se tenir cette année.

Dans l’espérance que les fidèles et les hôtes de Touba vont jouer le jeu sous la surveillance des Dahira chargés du contrôle, sénégalais de l’intérieur et de la diaspora préparent le grand évènement.

Car, il s’agit de célébrer le départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké au Gabon en septembre 1895 contraint par un pouvoir colonial qui se méfiait de ses enseignements et surtout de son influence sur les populations colonisées.

Il fallait l’écarter comme cela a été le cas pour tous ceux qui étaient perçus comme des menaces à l’ordre colonial. Sept ans d’exil au Gabon avant son retour qui n’a pas été de tout repos car, il a fallu également l’envoyer en Mauritanie pour un séjour moins long avant de le laisser en paix.

L’œuvre du Cheikh, immense sur le plan théologique séduit de nombreux sénégalais qui lui prêtèrent allégeance. Il a fondé le Mouridisme avec comme viatique l’adoration et le travail.

Sunnite, il est estampillé soufi lui qui écrit de nombreux khassida dont Massalikul Jinane.

Le Cheikh selon de nombreux savants avait dit léguer à la postérité ses khassida, sa descendance et la grande mosquée de Touba dont la construction a débuté en 1932, c’est-à-dire cinq ans après sa disparition.

Grand résistant à la colonisation selon les principes de la non-violence chers à Ghandi, il a travaillé à forger un modèle de citoyen affranchi de complexes, conscient de ses devoirs et entièrement soumis à son Seigneur.

Il enseignait le savoir, le savoir-faire et le savoir-être ce qui, jusqu’à maintenant caractérise la communauté mouride, très solidaire, aimant le travail et les zikr pour matérialiser l’attachement au Coran et à la sunna du Prophète de l’Islam.

Serigne Touba symbolise ainsi l’échec du projet colonial d’aliénation des masses africaines, de domination culturelle et d’acculturation des colonisés.

Son modèle de résistance a permis de préserver l’héritage culturel et cultuel africain. Il a imposé un modèle islamique qui s’affranchit également de la tutelle arable ou perse. C’est l’islam tel que compris et pratiqué par les sénégalais.

Ce modèle forge aujourd’hui le respect. Il écarte toute forme de violence, promeut la tolérance et le respect des autres, tout en affirmant son identité propre.

Il est respectueux de l’Etat de droit et de la souveraineté de l’Etat dans une République qui se veut laïque.                                                                                                                                

C’est aussi un modèle économique avec la participation active de la communauté mouride à l’effort de développement national.

C’est tout cela Serigne Touba et bien plus. Pour ce que l’on en sait, il dédiait sa vie à l’adoration de son Seigneur et de son Prophète.

Tournant le dos au matériel, il a inculqué le savoir et surtout la patience et la résilience face aux épreuves.

Puisse ainsi son exemple guider les pas d’un peuple qui est à la croisée des chemins dans un monde turbulence où la pauvreté dispute la priorité aux virus et aux vices.

Assane Samb




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