IDRISSA DIABIRA, DIRECTEUR DE L’ADEPME : ‘’Avec la Covid-19, près de 45%  des PME ont cessé leurs activités’’




Idrissa Diabira, une personne aux identités multiples. Né en France, de parents originaires de la Vallée du fleuve Sénégal, il a grandi dans ce pays pour un Soninké qui tient beaucoup à ses racines.  Il a été formé dans la Physique fondamentale, les  Nouvelles technologies, la question  du pétrole. Il a été aussi formé en management des organisations. Il a dirigé un cabinet d’intelligence économique  et a eu l’opportunité de coordonner l’élaboration  du programme  ‘’Yoonu Yokkute’’ de  Macky Sall  candidat à l’époque.  Il dirige actuellement l’Agence d’encadrement et de développement des petites et moyennes entreprise (Adepme), où il se consacre à apporter sa touche personnelle.  Il livre aux lecteurs de Rewmi, ses impressions sur les grandes questions de l’heure, évoque, entre autres points, la stratégie mise en place par l’Adepme pour soutenir les entreprises touchées par le Covid-19. Entretien exclusif !

 

Comment se sont nouées vos relations avec le président Macky Sall ?

On a eu l’occasion de se rencontrer au début des années 2010. Nous, intéressés par  le développement du continent.  Quand je dis,  nous,  des camarades et moi nous étions impliqués dans la structuration de projets, dans la levée de fonds, dans l’élaboration  de politiques publiques. Et rencontrer un homme qui souhaite aller à la rencontre du peuple en 2012, c’était Macky Sall  qui a accepté de nous faire confiance  à travers des échanges, des idées, une vision, c’était pour nous, une opportunité. Et après de nombreuses échangés, beaucoup de notes, il nous a confié l’élaboration de son programme national  du véritable  développement ou Yoonu Yokkuté. Je suis politique mais pas  partisan. L’élaboration du programme  pour un homme politique  qui cherche le pouvoir, vous amène à vous engager pour que les idées et les solutions  proposées puissent  s’implémenter.  L’enjeu était  de trouver les recettes les plus opportunes pour réduire  l’injustice  sociale, pour apporter des éléments d’un contrat social renouvelé pour construire le Sénégal.

Y a-t-il une touche Diabira à l’Adepme ?  

Quand  je vais  partir,  peut-être ceux qui  feront le bilan auront l’occasion de le dire.  Moi, je suis concentré sur  l’action, ce que j’essaie de promouvoir  au sein de l’agence, c’est la haute  performance publique. J’ai la conviction  que dans la démarche-qualité, on est en mesure  de donner confiance aux partenaires, d’apporter des réponses  aux  clients, de pouvoir  contribuer  à apporter des réponses aux  citoyens de manière générale. Je  dirige l’agence   avec un certain  nombre de prismes, celui d’un  ingénieur informaticien. Le  système d’information me tient à cœur. Comment on décloisonne l’information de la part de quelqu’un qui a étudié et  pratiqué  le mangement des organisations ? Donc, une approche sur le management de la qualité et celle  de quelqu’un qui a la chance d’avoir participé à l’élaboration de la vision  du chef de l’Etat,  qui  a un regard sur la finalité d’un outil comme l’agence au regard du souci  d’avoir  ce que le président disait, ‘’une administration tournée  vers les Pme’’ pour que ces dernières puissent jouer  leur rôle.

Ya PME au Sénégal ? Pouvez-vous nous donner le chiffre exact de leur  nombre?

L’ANSD, en 2016, a fait le premier recensement général des entreprises  aussi  bizarre que cela puisse paraitre. Ce recensement a mis en  exergue  le nombre  d’unités économiques localisées d’entreprises qui sont au nombre de 408.000 au Sénégal  avec leur  répartition.  99,8%  sont  des petites et moyennes entreprises, c’est-à-dire qui font moins de 2 milliards de chiffres d’affaire  suivant la loi qui vient de passer. Autre fait  significatif, c’est le nombre d’entreprises qui sont dans l’informel, c’est-à-dire qui n’ont pas d’états financiers, c’est 97%. Cela nous a donné, pour une fois,  au-delà d’une enquête, une vraie photographie de ces acteurs  d’entreprises des PME  au Sénégal ?

En parlant de la Covid-19, l’Etat a dégagé une enveloppe de  200 milliards pour aider  les entreprises  en difficultés. Quelles sont les PME qui en ont bénéficié ?

L’Etat,  à travers le Plan de  résilience économique et social a pris beaucoup  de mesures qui sont d’ordre sectoriel. Dans le secteur  du tourisme, les appuis ont été apportés avec plusieurs centaines de milliards notamment pour la compagnie  aérienne, l’hôtellerie, les agences de voyages dans le cadre du crédit hôtelier, des mesures indirectes comme celles sur la fiscalité qui sont des mesures de report sur le remboursement de crédit. Une convention de partenariat a été signée entre l’Etat du Sénégal via le ministre de l’Economie, du Plan  et de la Coopération, et l’Association des professionnels des Banques pour un signe ou un mécanisme qui permet d’accéder à  200 milliards de FCFA. Un mécanisme sur lequel, le fonds de garantie des investissements  prioritaires  joue un rôle crucial. Ce mécanisme a démarré il y a un peu moins de 2 mois. Aujourd’hui, c’est un  peu plus d’une  quarantaine d’entreprises qui ont bénéficié de  près de  10 milliards. Il se trouve  que l’Adepme est aussi représentée  dans ce mécanisme, recueille les dossiers qui sont émis par les banques et ce mécanisme a monté en puissance pour permettre à davantage d’entreprises et de Pme en  particulier d’y accéder.

On parle de risque de récession avec la Covid. Certaines PME pourraient-elles fermer boutique ?

La récession, c’est quand le pourcentage de croissance est inférieur  au  taux de démographie qui est autour  un peu de 2%. Assurément, cette crise mondiale  est une crise majeure dont le Sénégal est aussi  une des victimes. L’Adepme est  en lien et en partenariat  avec  l’ensemble des structures d’appui et les partenaires  pour mener une  enquête sur l’impact de la covid sur les entreprises et les pme en particulier. Plus de  800 entreprises ont  pu répondre dont 50% à Dakar  et le reste  sur l’ensemble  du territoire. Seul 2% des entreprises   qui ont  témoigné  qu’elles n’ont  pas eu d’impact   négatif  sur leurs activités.  La crise a frappé  durement et fortement les Pme. Près de 45%  d’entre elles  ont même  cessé leurs activités. C’est énorme. C’est une crise  difficile. Elles ont  aussi exprimé ce qui traduisait la difficulté à savoir  les mesures de faire en sorte pour diminuer  la propagation de la maladie en particulier l’interdiction  de déplacements inter-régionaux, le couvre-feu, la fermeture des frontières. Il est heureux, après une première démarche de confinement qui n’est pas totalement  stricte que ces  dispositions   puissent être levées parce que aussi celles qui asphyxiaient les PME.  Le  Chef de l’Etat l’a dit, il y a deux  combats  à mener, le combat sanitaire  et le combat  économique.  Les éléments de relance vont aussi  permettre  de nous réinventer.

On sait  que vous avez des modes d’intervention  classiques comme   le projet ENVOL, avez-vous d’autres programmes pour s’adapter à la Covid-19 ?

On a vraiment le soutien sans faille de nos partenaires. Je pense que la philosophie du chef de l’Etat et la ligne directrice de l’Agence s’inscrivent dans cette dynamique. C’est pour cela que je parlerai de management de la qualité, d’agence de référence. L’enjeu, ce n’est pas simplement que l’Etat puisse mettre des ressources mais que celles-ci puissent nous servir  à mobiliser des ressources auprès des partenaires techniques et financiers. On a multiplié par  3 voire 4 le volume des soutiens  des partenaires financiers à l’agence parce qu’ils nous font confiance.  Dans le cas  de  cette crise, après  les avoir saisis, chacun d’entre eux a accepté de réorienter, les appuis  destinés aux  Pme,  que ce soit dans le nord  dans le programme  développé au  Sénégal  avec  l’ALD et l’UE  dans les régions  de migrations où  la réorientation a permis de toucher  pas loin  de 300 entreprises pour les aider  en fonds de roulement entre 1,5 et 10 millions de FCFA pour que ces dernières puissent résister à la crise. Pareil pour la Banque mondiale, un partenaire avec lequel on met en œuvre un programme qui a  aussi accepté  d’augmenter  la quote-part   dans le cas du fonds prêt à partager, c’est à dire  du  cofinancement,   de l’accès à l’assistance technique   ou de l’appui aux entreprises  que nous  accompagnons déjà. Pareil pour la coopération allemande qui a pu nous aider  en réorientant les projets que nous avions par exemple avec la fédération des professionnels  de l’habillement pour s’appuyer sur  200 ateliers dans les  7 des 8 régions que nous avions à produire un total de 200.000 masques que nous avons  remis  aux différents gouvernants. Au total, c’est un peu plus de  500. 000 entreprises qui ont pu bénéficier des  appuis, accès plus simple,  assistance technique ou appui en fonds de roulement pour résister. L’enjeu  pour nous, c’est ce qu’on dit à nos partenaires, c’est ce que tout le travail qui a été fait  pour accompagner des dizaines voire des  centaines entreprises, il ne s’agit pas  de  les perdre et donc  d’orienter nos ressources  pour que ces dernières  en priorité puissent tenir, survivre avant  de pouvoir être  relancées. Nous les remercions de leur  compréhension, de leur diligence. L’enjeu maintenant, c’est  d’aller plus loin avec le programme de relance  économie et sociale.

 Quelle est l’utilité de la labélisation des Pme ?

Mon intime conviction est que la  labélisation  est  la  réponse  aux défis du développement  de la formalisation des Pme. Les concertations de 2003 et de 2010 sur le crédit ont mis l’accent  sur  les difficultés  des entreprises.  En  tout premier, le principal problème,  c’était  la  symétrie d’informations, le manque de confiance entre les acteurs.  La labélisation, pour moi, c’est la capacité de  tracer ces acteurs.  On a réussi en maître en place une unité de scooring  et de  labélisation justement qui aujourd’hui  avec plus de  300 entreprises d’être  notées  et scorées. L’enjeu, c’est de démultiplier ce scooring et de permettre à chacun  d’avoir son carnet de santé pour que la confiance  entre les institutions  financières et les Pme  puissent être renforcés. Ce qui permettra de  les financer  et aux Pme d’accéder.  Je suis  convaincu que cet  outil qui a permis de mettre en lien  une relation forte avec  le secteur bancaire nous permettra de  résoudre les problèmes de fonds  des entreprises et du  développement  des Pme.         

On dit souvent, en Afrique qu’on est  de mauvais gestionnaires et que  notre  culture ne  nous permet pas d’être de bons chefs d’entreprises. Qu’en pensez-vous?

Je n’y crois pas. Encore une fois, ces clichés sur les Africains n’ont pas lieu d’être.  Je pense ce que ce n’est pas pour rien qu’on a eu les plus  glorieux  empires, royaumes. On n’a pas à  être  complexés devant qui que ce soit. Peut-être qu’on des entreprises qui nous ont beaucoup affaiblis, ce sont l’esclavage, la colonisation. L’enjeu, c’est la formation, la compréhension de la structuration des entreprises. Arrivés  à un certain  stade, il vous faut des outils  pour pouvoir  les maitriser. Nous avons d’excellents et de brillants hommes d’affaires souvent partis de rien. C’est l’exemple de  Gora Ngom qui, pour moi  fait partie des modèles. Il vendait  des cordes au niveau du port de Dakar, des bâches pour sécher le blé. Aujourd’hui, il est l’un des leaders  de l’évènementiel, sa particularité,  c’est d’être  un fidèle talibé  de  Serigne Saliou. Mais les valeurs  du travail bien fait sont  consubstantielles à nos  cultures et  consubstantielles à   religions.  Elles doivent  nous  permettre si on les adapte comme il se doit   au secteur économique et faire sorte que les quelques champions  que nous avons, nous puissions les aider à se développer et à  grandir  davantage. L’enjeu premier  pour les entreprises, c’est de pouvoir être accompagné. L’accompagnement, c’est aussi une clé : Comment, j’accède au marché international, comment  renforcer  les relations avec mes  fournisseurs, me  diversifier, renforcer  mes  ressources  humaines.   C’est cette ingénierie qui est celle requise. Et les entrepreneurs dans l’enquête, 94% d’entre eux lorsqu’on leur demandait s’ils trouvaient utiles et nécessaires d’être accompagnés pour bénéficier des mesures d’appuis ou pour grandir. Ils  estimaient que  c’est une priorité. Ma conviction, c’est l’élargissement  de l’accès à l’accompagnement pour accéder aux différents mécanismes permettant aux entreprises  de grandir.




Be the first to comment

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*