MBAGNICK DIOP : «La relance économique sera principalement basée sur l’investissement  public et privé »

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Si l’on devait le comparer à du bon vin, il serait sans doute un grand cru. Mbagnick DIOP – Président du Mouvement des Entreprises du Sénégal (MEDS) est un homme de réseau et d’influence, irréductible dans le monde des affaires, particulièrement de la Communication…  Il représente aujourd’hui le patronat sénégalais au sein du comité « Force Covid-19 » dirigé par le Général François NDIAYE.

 

Sourire lustré, mine affable, il accueille avec de grands gestes ses invités et partenaires avec toujours cette mine joviale qui ne le quitte jamais. Pour un peu, on se laisserait choir sur les canapés moelleux de son bureau XXL. L’odeur exaltant du café-crème, servi avec délicatesse par l’une de ses collaboratrices, abrège notre halte bien méritée.

 

Avant de pénétrer dans les locaux de Promo- Consulting, il faut d’abord braver la chaleur d’étuve qui plombe la capitale par cet après-midi du lundi 20 juillet. Au huitième étage de l’immeuble estampillé «Horizon», une «tour de verre», cèle les strates d’un empire en pleine expansion. Celui de l’irréductible Mbagnick DIOP. Ce philanthrope qui s’est construit à bout de cœur à l’ouvrage, d’aspirations…

 

Membre éminent du patronat sénégalais, à la tête d’un mouvement regroupant essentiellement des PME/PMI ainsi que des TPE, le Président Mbagnick DIOP est particulièrement bien placé pour parler de l’impact économique de la pandémie du coronavirus sur les entreprises sénégalaises, particulièrement les plus vulnérables d’entre elles.

 

En plus de cet impact, le patron du Mouvement des Entreprises du Sénégal parle aussi des mesures  prises par l’Etat pour, justement, venir au secours de ces PME/PMI/TPE ainsi que, d’une manière générale, relancer l’économie nationale.

 

En votre qualité de membre du comité de suivi de la mise en œuvre des opérations du « Force covid-19 » et Président du MEDS, comment vivez-vous cette crise sanitaire et économique?

Il s’agit d’une crise mondiale que nous vivons au Sénégal et en Afrique avec beaucoup de sérénité et de sagesse, en mettant en avant nos valeurs culturelles et morales.

Au plan sanitaire, notre pays dispose d’un dispositif efficace de prise en charge des épidémies qui lui permet d’apporter une bonne riposte appropriée à la pandémie, ce qui rassure le secteur privé sur les perspectives de reprise des activités économiques.

Et justement, sur le plan économique, l’entreprise sénégalaise redoute la situation de crise des années 80 qui avait entraîné de profondes mesures structurelles qui avaient totalement bouleversé notre environnement des affaires.

 

De votre casquette multisectorielle, comment percevez-vous l’impact de la Covid-19 sur les entreprises ?

La crise de la COVID affectera de façon générale l’économie mondiale, ce qui impactera bien sûr sur l’économie de la quasi-totalité des états, sur les entreprises publiques et privées ainsi que sur les ménages.

Ce qui se traduit ainsi par une contraction de la consommation des ménages et une diminution de la commande publique.

Et naturellement, une baisse sensible des prévisions de croissance, avec pour l’essentiel des pays du monde, une situation de récession économique.

Et, sur ce point, nous apprenons de certaines études menées par des partenaires techniques et financiers du Sénégal qu’en Afrique, seuls quatre (04) pays pourraient être épargnés d’une récession économique, en citant le Kenya, l’Ethiopie, la Côte d’Ivoire et le Sénégal dont la diversification de leur économie aura permis d’amortir le choc de la crise.

 

Comment appréciez-vous les mesures fiscales de soutien aux entreprises prises par le gouvernement ?

La démarche de concertation avec les organisations patronales, initiée par l’Etat a permis à ce dernier de prendre des mesures fiscales appropriées pour l’entreprise, de façon générale. Cependant, des efforts d’accélération des actions et de simplification des procédures sont attendus de notre administration.

Il faut souligner qu’il y a une vraie lenteur du côté de l’administration fiscale. Effectivement, le guide à suivre pour bénéficier des remises fiscales et autres reports… n’a été disponible que le mardi 14 juillet. Presque 03 mois après les prises de décision.

Cependant, pour le maintien de notre équilibre macroéconomique, nous soutenons l’Etat dans ses démarches de recherche de financement de ces dépenses imprévues, notamment sur sa demande d’annulation de la dette.

C’est une question de survie pour les états d’Afrique et du tiers monde.

 

502 milliards est annoncé pour le paiement de la dette intérieure et de soutien aux entreprises en difficultés. Votre sentiment ?

  C’est une mesure de financement de la trésorerie des entreprises qu’il faut prendre comme un soulagement pour ces dernières. Mais, au niveau du MEDS, nous militons pour une meilleure prise en charge de la dette des entreprises privées, car il s’agit d’un sujet qui revient toujours sur la table des négociations avec l’Etat. Et sur ce point précis, nous pourrions nous inspirer de la France avec la Loi DAILLY.

Pour l’instant, d’après les chiffres du ministère des finances, la quasi-totalité de la dette est payée jusqu’à fin 2019. Il ne reste que les dettes de 2020.

Cependant, il faut noter que sur les 1000 milliards des fonds Force Covid19, il n’y a que 526,3 milliards qui sont décaissables. Le taux d’exécution des dépenses décaissable d’un montant de 526,3 milliards (hors  dépenses fiscaux) atteint 81.6% en FCFA.

 

Les entreprises membres du MEDS ont –elles reçu d’aide et d’une manière générale en votre qualité de représentant du secteur privé au niveau du comité « Force Covid-19 », est ce que les entreprises sénégalaises dans leur ensemble ont reçu cette aide de l’Etat sénégalais ?

Certains de nos membres évoluant notamment dans les secteurs les plus impactés (ex : tourisme et hôtellerie) ont été soulagés. Mais, je vous fais remarquer par la configuration de notre organisation, en majorité composée de PME et de TPE,  nos entreprises qui souffrent d’un manque de moyens financiers et matériels peinent à constituer leurs dossiers pour la demande d’aide avec la complexité des critères d’éligibilité.

En effet, sur les 200 milliards prévus pour accompagner et soutenir les entreprises, seulement 12 milliards sont à ce jour décaissés. 06 milliards l’ont été par les banques et les autres 06 milliards, les financements sont répartis entre le FONGIP et les sociétés financières décentralisées : mutuelles et micro finances…

  • Les taux d’intérêt avec les banques sont à 3,5%, avec les mutuelles à 9% au lieu de 18 ou 20% habituelle
  • De ce qui nous revient du ministère de l’économie, le dispositif de financement sera maintenu jusqu’en octobre 2020

Toujours dans cette dynamique, un conseil présidentiel se tiendra au mois d’aout 2020 pour valider la relance et acter la question de la transition vers cette relance.

La relance économique sera principalement basée sur l’investissement public et privé.

L’Etat facilitera ainsi l’accès aux financements par un dispositif de garantie par le biais des banques pour faciliter l’investissement, l’Etat s’engage à aller jusqu’à 70% de garantie auprès des banques.

La principale question pour l’Etat sera de trouver les ressources pour l’investissement et la relance économique. Il faudra prendre les dispositions avec les banques car aussi bien le Secteur Privé que l’Etat, attendent un engagement ferme des banques pour soutenir la relance économique.

Quand bien même la banque mondiale s’engage à hauteur de 100 millions de dollars et la BEI est aussi dans cette dynamique.

 

Quelles sont les projets et la vision du MEDS dans cette pandémie Covid-19 ?

Notre vision, c’est qu’il faut repenser notre économie tout en ouvrant les fenêtres sur la stratégie qui sera avant tout basée sur la souveraineté économique et la sécurité alimentaire et sanitaire.

  • Assouplissement provisoire des critères de convergence UEMOA
  • Travailler à faire en sorte que les mesures d’urgences qui sont prises lors de la gestion de la covid-19 deviennent des mesures permanentes pour les entreprises
  • Renégociation de quelques contrats de partenariat notamment les PPP
  • Impliquer davantage le secteur privé dans la commande publique
  • Accélérer la mise en œuvre du PPSE et des directives présidentielles relatives à la valorisation et la protection du « Made in Sénégal ». Ceci, avec pour objectif majeur, la réduction du déficit structurel de la balance commerciale et celle des capitaux.

 

Est-ce que le Secteur Privé était préparé à une telle crise économique profonde ?

Nos prévisions sont en général basées sur celles de l’Etat et notre référentiel économique est le PSE (Plan Sénégal Emergent). Ce qui veut dire que cette crise économique est tombée sur nous comme une catastrophe naturelle.

Et sur des cas de force majeure il y a souvent peu de place pour la garantie du sinistre.

Cependant au niveau du patronat, nous travaillons en bonne intelligence pour anticiper et proposer à l’Etat pour la relance de l’économie, 15 propositions.

 

Aujourd’hui on parle de récession ou au mieux de 1% de croissance, pensez-vous que l’Etat aura les moyens de s’en sortir ?

Je disais plus haut que le Sénégal était cité parmi les pays d’Afrique qui résisteraient mieux à la crise, avec les trois autres pays que sont l’Ethiopie, le Kenya et la Côte d’Ivoire, de par la qualité de leur politique de développement économique. Par conséquent, nous pouvons garder espoir et faire confiance à nos pouvoirs publics.

Mais si la crise perdure ça risque d’être très difficile… On ne sait plus si nous sommes dans la phase résilience ou relance ? La pandémie ça descend, ça monte, très difficile de définir une politique économique constante.

Les impacts réels se font sentir sur l’ensemble de l’économie sénégalaise et tous secteurs confondus…

L’Etat doit continuer à jouer son rôle de régulateur de par sa centralité.

 

Le Financement des Entreprises reste toujours un point faible dans l’environnement des affaires. Le MEDS a-t-il une solution ?

Je vous invite d’abord à nous lire dans le « Livre blanc du MEDS » publié en 2017 où nous avons fait un certain nombre de propositions face à la problématique de financement des entreprises privées, notamment les PME et TPE.

Maintenant la solution est attendue de l’Etat.

 

 

Pouvez-vous estimer les pertes des entreprises dues à cette crise ?

 Aujourd’hui notre priorité est la survie de nos entreprises face à cette crise. Naturellement, nous ferons le bilan après avoir traversé cette douloureuse période. Mais ce que je puis vous dire c’est que nous estimons parfois des pertes d’exploitation jusqu’à 90%, pour certaines entreprises et même des fois à 100%.

C’est pourquoi une majorité d’entreprises a préféré opter aux reports d’échéance plutôt qu’aux crédits : 135 milliards FCFA de reports à la date du 13 juillet. Parce qu’il est illogique pour des chefs d’entreprise d’aller emprunter auprès des banques pour payer des salaires.

Pour la partie emprunt, l’Etat va passer de 50% à 60% voire 70% pour les PME/PMI et pour les grandes entreprises de 20% à 40%.

 

Le Ministre de l’Economie est en train de travailler sur un plan de relance et de résilience post Covid-19.

Nous souscrivons d’abord à la démarche initiée par le Ministre de l’économie en associant toutes les organisations du secteur privé dans sa recherche de solution à la crise.

Et c’est ainsi que nous avons apporté notre contribution au PRES (Programme de Résilience Economique et Social) dans le cadre de la stratégie de survie des entreprises et sur le PREN (Programme de Relance de l’Economie Nationale).

Mais nous restons attentifs à la validation de ce nouveau programme qui constitue pour nous un nouveau départ.

Il nous faut une croissance plus inclusive sans perdre de vue que ce sont les entreprises qui investissent, qui créent de la richesse, de l’emploi et contribuent à la croissance du pays.

Le MEDS a-t-il des observations ou des contributions à faire valoir par rapport au programme de résilience ?

Nos documents de contribution sur les différents programmes initiés par le gouvernement face à la crise font l’objet d’échanges permanents avec les responsables du Ministère de l’économie ainsi que celui des finances et de nos collègues du patronat.

Nous avons une vision pragmatique aussi bien du programme de résilience que de la phase de la relance de l’économie.

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