PAPE FAYE : ‘’Le comédien de théâtre est plus accompli que le comédien des séries’’




Qui n’a pas une fois été captivé par la voix grésillant, atypique de Pape Faye ? Un homme aux multiples casquettes, sous une apparence simple.

 

De la poésie au petit écran, il aura marqué son temps, enivré par sa passion pour le septième art. Dans cet entretien exclusif, Rewmi Quotidien vous offre un gros-plan sur l’interprète de « Lat-Dior ». A noter que cet entretien a eu lieu juste avant le décès de Mme FAYE Khadidiatou DIOP, épouse de Pape Faye.

 

EST-CE QUE PAPE FAYE PEUT NOUS PARLER DE PAPE FAYE ?

Pape Faye est un simple citoyen lambda, qui a été formé à l’école de théâtre professionnel, comédien professionnel, acteur, réalisateur audiovisuel. J’enseigne dans les universités privées, j’interviens un peu partout, et donne des cours de diction, d’art oratoire, de leadership. J’ai été au moins pendant une vingtaine d’années, coordonnateur principal du pôle culture, éducation et information des cours Sainte Marie de Hann. Dieu a fait que j’ai eu à remporter beaucoup de prix notamment des prix littéraires, des prix de poésie entre autres. J’ai été nommé Ambassadeur de la paix par le Global Peace and Prosperity Initiative (GPPI) et Chevalier de l’ordre national du mérite, membre du  Conseil National de Régulation de l’Audiovisuel (CNRA).

 

POUVEZ-VOUS REVENIR SUR VOTRE PARCOURS ?

Mon parcours, il n’est pas trop compliqué, il est simple. Je suis un sénégalais lambda, né sur la petite côte et qui a fait ses premiers pas scolaires à Popenguine et dans mon village natal GUERAW, ensuite à Mbour où j’ai poursuivi mes études secondaires, puis à Dakar. C’est quand je suis venu à Dakar que tout a changé. Quand j’y suis venu, j’étais porté par les arts en question, notamment le septième art. D’ailleurs, j’ai toujours rêvé faire du cinéma et de la radio. J’ai intégré une académie d’art dramatique qui m’a propulsé vers ce qu’on appelle l’animation culturelle supérieure ; et après mes humanités au conservatoire, j’ai été vite repéré par un de mes professeurs qui m’a mis dans une formation de psychothérapie africaine. Je suis un homme que le théâtre a boosté fondamentalement. Après ma formation en psychothérapie,  je suis allé au Centre culturel français, j’y animais ce qu’on appelait « l’heure du conte » au niveau de la bibliothèque et parallèlement, j’animais des ateliers d’expression dramatique. J’ai aussi été sollicité pour animer à la radio culturelle qui se trouvait au Centre Linguistique Appliquée de Dakar (CLAD). Il s’agissait d’apprendre aux enfants l’image de la langue (articulation, prononciation…), cela a duré 3ans. J’ai fait 20 ans de service aux Cours Sainte Marie de Hann. J’avais ma propre troupe de théâtre qui s’appelait le Zénith Art de Dakar, je jouais régulièrement au soprano. J’ai aussi eu à faire des « stages », des expériences qu’il fallait mettre en pratique.

 

COMMENT SE PORTE AUJOURD’HUI LE THEÂTRE SENEGALAIS ?

Pour dire vrai, le théâtre sénégalais bat aujourd’hui une petite aile. Il faut savoir qu’il y a théâtre avec un grand ‘’T’’ et théâtre avec un petit ‘’t’’ ! Le théâtre avec le grand T c’est celui d’inspiration historique qui a du relent classique très fort, c’est ce que l’on appelle le théâtre de tripe. Avec un très bon jeu d’acteur, un déplacement, une rigueur ‘’dictionnelle’’ et une bonne mise en scène avec un texte puissant. C’est ça le théâtre avec un grand T, un théâtre qui se joue sur 1 heure ou 2 heures de temps. Le théâtre avec un petit ‘’t’’, ce sont les petits sketches que l’on fait dans la rue, ou dans les festivals. Dans ce genre de théâtre, il n’y a pas de préparation, pas de jeu, pas de créativité. On s’amuse (il insiste). Aujourd’hui dans la plupart des séries, les gens qui y jouent ne sont pas des comédiens, ils pensent que c’est du théâtre or ce n’est pas le cas. Il y a problème à ce niveau. Il faut compter les pièces de théâtre qui se jouent sur l’année au Sénégal.

 

L’ON VOIT MAINTENANT QUE LES SERIES TELEVISEES OCCUPENT NOS CHAINES DE TELEVISION. QUELLE LECTURE EN FAITES VOUS ?

C’est un autre cadre d’exploitation du jeu de scène pour ne pas dire comédien. Le cinéma ou les jeux de séries n’ont rien à voir avec le théâtre, il y a un fossé. Le comédien de théâtre est plus accompli que le comédien qui joue dans les séries. Il n’y a même pas photo. On prendrait n’importe qui dans la rue pour figurer dans une série.  On lui confierait un rôle qu’il l’aurait exécuté sans difficulté. Il n’y a rien de plus facile au monde que d’aller faire de la série. Or, au théâtre vous répétez le texte pendant un ou deux mois. Le théâtre est plus complexe que le cinéma ou les séries télévisées. Aujourd’hui, nous avons une prolifération d’acteurs qui viennent d’arriver parce qu’il y a des castings que l’on jette à droite et à gauche et les mannequins courent vers les castings. Même s’ils n’ont pas de niveaux, ils mettent en exerce leurs aspects plastiques au lieu d’aller prendre des acteurs qui ont une bonne trempe.

QU’EN EST-IL DU SHOWBIZ SENEGALAIS : AVANT ET MAINTENANT ?

Pour moi, il y a toujours des talents qui sont ici, des gens pleins d’imagination ; et les gens veulent innover surtout avec l’avènement des startups. Les choses sont en train de changer. Il a fallu  que des personnes comme moi s’adaptent, vu notre âge, on s’adapte maintenant à une génération qui s’appelle startup pour être dans le bain. Mais il y a des choses qu’on ne peut pas changer, qu’on ne devrait même pas changer, c’est le charisme dans tout ce que l’on fait, le sérieux et les talents qu’on doit apporter dans différents exercices, de même que la rigueur. Et justement en parlant de rigueur, à l’époque, du temps de Senghor et de Diouf, les gens ne s’habillaient pas n’importe comment dans les soirées de galas ; si on voyait la personne, au premier coup d’œil, le constat est qu’il respecte le dress-code, le langage codé, il y a une certaine façon de vivre. Bon aujourd’hui, vous voyez dans le monde du showbiz, quand nous le prenons de façon globale, les gens s’habillent n’importe comment, surtout la plupart des jeunes avec des jeans déchirés, les garçons se tressent entre autres, tout ça parce que nous sommes maintenant dans un monde un peu efféminé dû à je ne sais quoi. Nous tendons malheureusement vers la consommation du féminisme. Cela prime sur la façon de nous habiller et la façon de marcher. Mais je rappelle, il y a encore beaucoup de valeurs positives qui sont en train de combattre tout cela. Je suis de ceux qui combattent tous ces aspects, la plupart sont des déchets.

COMMENT SE PASSE LE METIER DE MAITRE DE CEREMONIE ACTUELLEMENT AU SENEGAL ?

Maître de cérémonie, c’est une passion, c’est une chose que je fais depuis ma tendre jeunesse. Je pense que c’est ma carrière de comédien qui m’a propulsé vers ce métier-là. C’est un métier d’être un maître de cérémonie, d’être un présentateur évènementiel. Et  il s’apprend. On ne se lève pas un bon matin pour chercher à devenir MC. Il y a une certaine rigueur personnelle dans le dress code, du point de vue plastique, du point de vue de la façon dont on s’adresse à des centaines, voire même à des milliers de personnes qui sont dans la salle. Il faut  que ce que vous dites soit clair, audible et consommable. Le maître de cérémonie doit pouvoir provoquer une certaine étanche quand il est en face de son public. Il doit donner l’envie d’être dévoré par le public. Parce qu’il faut qu’il soit « chocolaté » à tout point de vue. C’est important. Le maître de cérémonie, ce n’est pas un journaliste, malheureusement, il y a des journalistes qui le font bien. Mais il y a une différence entre un présentateur de radio où télévision et un maître de cérémonie, c’est diffèrent. Si vous utilisez le même rythme oratoire, quand vous êtes présentateur de radio ou de journal télé, ou dans un autre espace évènementiel dédié aux grands évènements, ça ne passera pas. Etre un bon maître de cérémonie, c’est être un homme d’espace,  c’est être un homme de scène.

 

POUVEZ-VOUS PARTAGER AVEC NOS LECTEURS VOS MOMENTS FORTS, MOMENTS DIFFICILES OU QUELQUES ANECDOTES AU COURS DE VOTRE CARRIERE ?

Vous savez dans ce métier du théâtre, il m’arrive des moments que je ne peux pas à expliquer. L’aventure qui m’est arrivé, c’est quand je jouais Lat Dior. Ma première diffusion de Lat Dior était pour une dizaine d’épisodes, 52 minutes pour chaque épisode. Le dernier épisode devait passer un mardi soir à la Rts qui devait justement illustrer la fin de Lat Dior dans sa vie. C’est ce dernier jour de Lat Dior qui correspondait à la dernière diffusion du feuilleton qui correspondait à la fin de la vie de Lat Dior. C’était un mardi-soir, je rentrais du Méridien président (actuel King Fahd) pour aller rejoindre mon poste aux cours Sainte Marie de Hann. Arrivé à  hauteur du rond-point de la Patte d’oie, je tombe sur un cheval, je n’avais pas réalisé qu’il y en avait un devant moi. Je ne me rappelle plus si j’avais perdu connaissance ou non, j’ai roulé et je suis tombé sur un cheval qui traversait. Il y avait un petit enfant sur le cheval. Dans la pièce de théâtre, Lat Dior en faisant ses adieux ce dernier jour-là, il a appelé tout le Cayor. Quand j’ai cogné le cheval, il y avait l’enfant à côté. Et cela m’a fait penser à la scène ou Lat Dior faisait ses adieux. L’enfant avait le même âge que le fils de Lat Dior. Je ne sais pas si c’était une coïncidence ou juste une ressemblance des faits.

La suite est plus grave. Ce jour-là, la voiture s’est renversée et l’on m’a amené à l’hôpital. Le soir, j’ai appelé ma femme et elle m’a fait savoir que quelqu’un avait appelé pour savoir si j’étais bien rentré à la maison. Et le plus bizarre, c’est qu’il a appelé au moment où j’ai eu l’accident. Ma femme a demandé au monsieur comment il s’appelait et ce dernier n’a pas voulu répondre. Chose très bizarre. Ce sont des faits extraordinaires qu’on ne saurait expliquer. Il y a aussi le jour où le Pape Jean Paul II a craqué devant un des spectacles que j’ai donné au stade Demba Diop. C’était lors de sa visite au Sénégal.

QUEL MESSAGE SOUHAITEREZ-VOUS PASSER A LA JEUNE GENERATION D’ACTEURS ET DE COMEDIENS ?

Le message que je leur donnerai c’est de ne pas se presser et d’avoir la tête sur les épaules. On se rend compte que la plupart des jeunes comédiens qui arrivent sur le petit écran, au bout d’une saison de diffusion de séries, ils se croient être des stars (rire). Je pense qu’il faudrait être un peu moins ambitieux. Ça  ne sert à rien de demander des cachets énormes, l’acteur ne se vend que par son trait de caractère, son image et son talent. Le reste suivra !

Je dédie cet interview à ma défunte épouse Khadidiatou DIOP.




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