CARLOU D: « POURQUOI J’AI CHOISI MA FEMME COMME MANAGER »




Dans un entretien exclusif accordé à Rewmi, Carlou D, Ibrahima Loucard, de son vrai nom décortique son style musical. Le choix de sa femme comme manager, ses relations avec son père, le décès de sa mère…, l’artiste fait d’émouvantes révélations. Carlou-D à coeur ouvert!

 COMMENT VOUS PRESENTEZ-VOUS AUX LECTEURS ?

Je suis sénégalais, artiste, musicien, chanteur, auteur-compositeur.

QUELLES SONT VOS ORIGINES ?

Je suis du fin fond du Saloum et mon grand-père qui m’a élevé m’a dit que Loucard c’est soninké. Mon nom sonne plutôt « toubab », je ne sais pas d’où ça provient, mais c’est wolof et c’est tout, (dit-il, sur un ton taquin).

AVEZ-VOUS VECU UNE ENFANCE DIFFICILE ?

Comme tout le monde, hein (rires) ! Aucune enfance n’est facile, mais j’avoue que la mienne a été très difficile (il insiste). Et c’est un sujet que je n’aime pas trop aborder. Pour moi, on est dans un pays où on a des croyances, une éducation, des valeurs. Ce qui fait la force de ces valeurs, c’est la façon dont nos parents nous ont éduqués. Notre éducation est différente de celle des autres, chez nous, on n’a pas tout ce qu’on désire, quand on veut. Nos parents corsent les choses pour nous permettre d’apprendre à nous débrouiller seuls pour nous préparer quand on sera grand. Et je pense que je ne suis pas le seul à avoir reçu ce genre d’éducation.

QUEL EST VOTRE CURSUS SCOLAIRE ET LE SECRET DE VOTRE REUSSITE ?

J’ai arrêté l’école en classe de quatrième ! J’ai n’ai pas eu à faire le cycle secondaire, mais je suis curieux, je cherche, je demande. Je ne regrette pas d’avoir arrêté les études très tôt, mais des fois, je me dis que j’aurais pu pousser un peu plus. Il fallait que je bouge de l’école pour aller bosser, soutenir ma famille comme un bon garçon (rires). Maintenant, je suis père de famille, je n’ai pas regretté un moment. Chacun a sa route, son destin, son chemin. Je ne regrette rien !

ETES VOUS COMME ON VOUS DECRIT : ARROGANT, HAUTAIN ?

Ceux qui disent ça, c’est parce qu’ils ne me connaissent pas. S’ils me connaissaient, ils ne diraient pas ça. Je suis timide ! Je suis le genre de personne, quand je ne connais pas la personne, j’ai du mal à aller vers elle. Mon vécu a fait que je suis devenu prudent et méfiant. Avant d’avoir un quelconque rapport avec une personne, je dois d’abord la connaitre et être sûr que je peux tisser quelque chose avec elle. Mais, c’est dommage le fait que l’on me colle une étiquette qui ne me corresponde pas. On me traite tout le temps d’impoli, d’hautain, de frimeur, de chiant et ce n’est pas le cas. C’est dans ma nature, je suis comme ça et je pense que si seulement la personne pouvait changer sa nature, elle la changerait en meilleure.

QU’EST CE QUI EXPLIQUE CETTE DOUBLE FACETTE DE VOUS UNE FOIS SUR SCENE ?

Le mot timidité ne rime pas avec le mot artiste. Carlou D, c’est la personne sur scène, c’est l’artiste et l’autre il s’appelle Ibrahima Loucard. Il à sa famille, il est sénégalais, humain, il a sa nature comme tout le monde.

QUE POUVEZ-VOUS NOUS DIRE CONCERNANT VOTRE PASSAGE AU PBS ?

Je suis passé au PBS, c’était vraiment bien et on a passé des moments extraordinaires. Nous sommes allés dans plusieurs pays. On a travaillé dans la paix et surtout dans le respect. Dans le groupe,  il y avait Awadi, Duggy Tee et moi. D’ailleurs, il y en avait même qui disaient que j’étais venu prendre la place de Duggy Tee. J’ai dit à plusieurs fois que ce n’était pas le cas, je n’étais pas là-bas pour prendre la place de personne et je pense que maintenant, ils peuvent le croire. Un jour, nous étions dans la chambre, Awadi, Duggy Tee les autres et moi. Je leur ai dit que c’était bien beau l’argent, les voyages et tout, mais ce que j’aimerai, c’est que l’on travaille dans le respect.

QUELLE EXPPERIENCE AVEZ-VOUS TIRE DE VOTRE PASSAGE A L’EMISSION OSCAR DES VACANCES ?

L’expérience que j’ai tirée là-bas,  je ne l’ai eue nulle part ailleurs et personne n’en a parlé. J’y ai affronté le public, j’y ai créé des choses, allé chercher l’attente, donner aux gens ce qu’ils veulent et ça c’est un rôle extraordinaire que doit jouer l’artiste et il n’y a aucune autre école qui enseigne ça. Et c’est dommage que l’on ait gâché cette émission. Le public était nombreux, il y avait près de mille personnes dans la salle et c’était un public neutre et vrai.

QU’EST-CE QUI EXPLIQUE LE FAIT QUE VOUS SOYEZ TRES VARIE COTE MUSIQUE ?

Parce que j’écoute du tout ! Mon père écoutait du tout et je pense qu’il a beaucoup influencé ma carrière. Je fais du tout, je joue du tout et ça explique le pourquoi j’ai une musique très variée.

D’OU EST VENUE LA CHANSON PAPA GANSTER ? EST-CE VOTRE PROPRE HISTOIRE ?

Je ne parle jamais des autres ! Tout ce que je chante, c’est du vécu et ce n’était pas un morceau, mais un appel à quelqu’un. Je n’arrivai pas à joindre Dieu et je voulais qu’Il  m’entende. Je n’arrivais pas à m’exprimer et je voulais me couper du monde.

QU’EN EST-IL DE VOTRE COLLABORATION AVEC AKON ?

Quand Akon faisait l’annonce de cette collaboration, il n’a pas demandé mon avis, on ne s’est pas vus, il l’a seulement fait savoir à la télé. Je n’étais même pas au courant ; c’est après qu’il m’a mis pas au courant. Quand on en a parlé, on avait tous les deux envie de bosser l’un avec l’autre. Il arrivait même au cours de mes voyages à l’extérieur que des gens viennent à mon encontre pour me faire savoir qu’Akon voulait que l’on bosse ensemble et que je devais le rejoindre. La dernière fois, il a responsabilisé trois personnes par rapport à ce projet mais malheureusement, ces derniers ne l’ont pas fait comme lui il voulait que cela se fasse. Il a aussi eu à m’envoyer des sons pour que je les écoute. Il a fini par s’étonner parce qu’il ne comprend toujours pas le pourquoi on n’arrive pas faire ce projet ensemble alors qu’on veut tous les deux le faire. Le problème, c’est qu’ici, il ne faut jamais annoncer ce que tu veux faire, il faut d’abord le faire pour ensuite l’annoncer. J’en ai vu de toutes les couleurs et il y a de ces choses dont j’ai même honte de parler. Quand Akon faisait l’annonce, j’étais à Bamako en train de vivre mon rêve c’est-à-dire jouer dans une pièce d’opéra et j’étais l’acteur principal et personne n’en a parlé. En vrai, ça n’intéresse personne dans ce pays.

QUE VOULEZ DIRE A TRAVERS CETTE FAMEUSE PHRASE  DITES EN PRESENCE DU PRESIDENT SALL: « IL N’Y A JAMAIS DEUX SANS TROIS » ?

Nous sommes dans un pays ou « un  lutteur » ne grandit jamais, il n’a jamais de force et je trouve ça dommage. C’est notre destinée et on doit faire avec. La DER m’a appelé pour que je vienne prester le premier jour et elle m’a fait savoir que Macky Sall sera présent. Ce dernier a remis 30 milliards à la DER pour qu’elle vienne en aide aux sénégalais. Je pense que c’est une chose que l’on doit saluer et non ignorer. Les gens que j’ai vus dans la salle profiter de cette aide, ce sont des sénégalais. D’ailleurs, j’en connais un qui a bénéficié de cette aide et maintenant qui s’en sort très bien avec son entreprise. Et donc, c’est normal que je le félicite (le président) et que je lui dise qu’on voit ce qu’il fait. C’était la troisième fois que je voyais Macky Sall. La première fois, c’est quand la DER m’a appelé pour que je vienne prester, pareil pour la deuxième fois. Et enfin, la troisième fois, c’est « ma maman» qui m’a appelé pour que je vienne jouer lors d’un évènement où il y avait la présence des médecins, nous étions même au palais et c’est à partir de là que j’ai expliqué qu’il n’y avait jamais deux sans trois. C’était la troisième fois que l’on se voyait. Quand on fait appel à nous pour des prestations, c’est parce que non seulement ils nous respectent mais aussi parce qu’ils voient le travail qu’on fournit. La personne qui a pris cette vidéo au moment où je disais ses propos. Je lui ai dit attention. Il se met le doigt dans l’œil. Au moment où je le disais, je ne savais même pas ce qui se passait et il parait qu’à ce moment-là, c’était un peu chaud. Mais ceux qui me connaissent savent bien que je ne m’intéresse qu’à ma guitare, à mes sons, à mon studio. 

‘’A chaque fois qu’un jeune me dit qu’il veut faire de la musique, j’ai peur’’

 POURQUOI AVOIR CHOISI VOTRE FEMME POUR MANAGER VOS AFFAIRES ?

Tout est une question de choix dans la vie ! Le choix que je fais, c’est de ne pas à chaque fois venir expliquer mes sorties à ma femme. Je ne peux pas prendre le risque de laisser ma personne avec d’autres tandis que ma femme peut le faire. Je ne peux aller chercher des personnes qui ont de l’expérience ailleurs et que ma femme est bien placée pour le faire. Elle a toutes les compétences. Personne n’est mieux placé qu’elle pour défendre mes intérêts.

QUEL CONSEIL POUVEZ-VOUS DONNER AUX JEUNES ARTISTES ??

A chaque fois qu’un jeune m’appelle pour me dire qu’il veut faire de la musique, j’ai peur (rire).  Parce que la musique, entre ce que les gens en pensent et ce qu’elle est, il y a un fossé. Pour cela, la façon dont les gens s’accrochent à la musique ici est différente de la manière dont la musique doit être considérée. On rencontre beaucoup de difficultés dans la musique ici et partout dans le monde. Cela, je l’ai su en côtoyant des gens qui ont une expérience dans la musique. Maintenant, si un jeune m’appelle, c’est ce que je lui explique. J’ai écouté des artistes et ce sont ces expériences que je partage avec eux.

QUEL A ETE VOTRE PIRE SOUVENIR ?

Le décès de ma mère ! J’ai dû faire un sacrifice inimaginable. Le jour où elle est décédée, j’étais au Centre culturel français en train de jouer pour le prix Rfi. Au moment de monter sur scène, mon téléphone a sonné et au bout du fil, on m’a fait savoir qu’elle était mal en point. Sur le coup, je me sentais perdu. Je suis sorti et quelqu’un est venu me rejoindre, je lui ai fait part de la situation. Imaginez un jeune de 23 ans qui fait face à cette situation A part ça, je n’ai pas de regret.

QUEL EST L’IMPACT QU’A EU LE CORONAVIRUS DANS VOS PROJETS ?

L’arrêt carrément ! Nous sommes tous à l’arrêt et nous attendons. Les gens disent que financièrement les artistes sont fatigués, mais le plus difficile pour un artiste dans ce genre de moment, c’est de ne pas pouvoir s’exprimer sur scène, l’artiste aime s’exprimer sur scène voir qu’il est là, qu’il est aimé, écouté, qu’il a l’attention du public. Le public en demande tout le temps et c’est ce qui le motive. Quand on n’a pas la scène, quand on n’a pas la possibilité de jouer, l’artiste est malade, il est par terre.

QUEL SONT VOS PROJETS ?

On est au studio depuis le confinement, c’est à dire presque quatre mois. Je suis avec mes collègues On est en train de travailler sur un Album. On entend que le coronavirus disparaisse pour qu’on entame d’autres projets. On avait une tournée aux Etats-Unis et en Europe même pas un mois mais on a annulé tout à cause de la situation. C’est vraiment mal. C’est très difficile. Nous avons des choses à faire avec le président du Chine et avec le Medes… Tout ça on doit y travailler.




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