LAMINE NDIAYE: «CE QUE J’AI DÉCOUVERT CHEZ MÈRE DIAGNE»




Artiste, comédien, acteur, Lamine Ndiaye,  est l’un des acteurs dont le métier a enrichi « intellectuellement » mais appauvrit « financièrement ». Natif de la Médina, Mouhamadou Diarra, de son vrai nom, tient encore son rôle.  Pour Rewmi Quotidien, il raconte son expérience et son parcours d’artiste. Il dévoile, par ricochet, sa relation avec Mère Diagne de la série sénégalaise ‘’Maîtresse d’un homme marié’’. Entretien !

 QUE PENSEZ-VOUS DE L’AIDE FINANCIÈRE ACCORDÉE AUX ARTISTES ?

Moi, pour ma part, je n’ai rien reçu. Nombreux sont ceux qui prétendent être des artistes, alors qu’ils ne sont pas à leur place. Avant de penser à moi, je pense d’abord à ceux-là ; ils sont très fatigués. J‘ai plus de la peine pour les femmes parce que j’ai vu comment elles s’y adonnaient à fond. Elles ont opté pour ce métier mais peinent à s’en sortir. Elles sont passées par toutes les étapes et si cela ne marche pas, ça ne fait pas leurs affaires. Concernant le partage  des 3 milliards qu’on nous a accordés, si cela ne tenait qu’à moi, on allait donner une somme remarquable aux femmes. Je ne parle pas d’aide, mais de soutien.

QU’EST-CE QUI VOUS A POUSSE A FAIRE DU THÉÂTRE ?

En 1957, j’ai perdu ma mère, quelque temps après mon père est décédé dans un intervalle de 10 ans. Après son décès, je me sentais trop seul parce que j’étais trop attaché à eux. Ce qui fait que j’ai finalement échoué à l’école étant donné que je n’avais plus de repère. C’est là que je suis allé travailler. Et que le premier boulot que j’ai eu à faire dans ma vie, c’est être le représentant d’une boîte qui s’appelait ANOVENANT, une boîte publicitaire. On avait confectionné un journal du nom de PAC (les petites annonces du calvaire). Ce journal gratuit contenait pour la plupart des annonces et des publicités. Il a existé jusqu’en 1972, quand la conjoncture a fait son apparition. Comme j’avais des amis qui fréquentaient la Maison des jeunes, je les ai suivis un jour. Une fois sur place, je les ai vus faire du théâtre sur scène avec le gestuel et tout ce qui va avec. Ainsi, cela m’a beaucoup plu. Ils articulaient bien  et chacun tenait bien son rôle. Et là, je suis tombé carrément  sous le charme du théâtre. C’était très significatif avec beaucoup de symboles. De ce fait, j’y étais retourné et là, ça m’a beaucoup appris.

Entre temps aussi, je faisais aussi de la musique (variétés), j’avais un orchestre chez moi avec une bande de copains intitulé « KHAWARE ». Je faisais les chœurs et de la musique. Ce qui m’a beaucoup aidé surtout du côté de la musicalité de la voix. Il faut savoir que faire du théâtre nécessite d’avoir une voix d’une certaine musicalité, de l’harmonie, de la mélodie. Il faut savoir jouer avec les silences, les tons, les demi-tons. Au théâtre, il y a ce que l’on appelle la règle des 3P (pensée, parole et plastique).

 

QUELS SONT LES TEMPS FORTS VÉCUS A DIAMONO TAY ?

C’était un groupe dirigé par El Hadj Ablaye Seck. J’avais pour habitude de l’appeler tiroir à idées. Quand j’ai quitté Louga pour Dakar, il m’a proposé de venir rejoindre le groupe. Il nous a beaucoup appris et il avait une totale confiance en moi et m’a confié certaines responsabilités. C’est là qu’on a fait de moi le Directeur artistique, un choix qui n’avait pas fait l’unanimité parce que j’étais trop exigeant dans le travail et par rapport aux autres, je m’y donnais corps et âme. Ainsi, on est arrivé à un moment où c’est moi qui écrivais les pièces théâtrales et pendant les répétitions, nous étions très fiers de nous et qu’on avait toujours hâte de présenter la pièce. On y mettait beaucoup de sérieux. La plupart de mes pièces étaient appréciées par les gens. On connaissait la sensibilité des sénégalais et on leur donnait ce dont ils avaient besoin.

Y AVAIT-IL UNE CERTAINE RIVALITÉ ENTRE ‘’DARAY KOCC ET DIAMONO TAY’’ ?

 

Non ! A chaque fois que vous voyez deux personnes qui se côtoient, dites-vous qu’il y a toujours eu un commencement. On se côtoyait certes au départ, mais après quand il y a eu un problème, nous nous sommes séparés.

« Je ne plais pas à tout le monde »

 

COMMENT AVEZ-VOUS REJOINT LA SÉRIE MAÎTRESSE D’UN HOMME MARIÉ ?

C’est ma seconde épouse qui s’est chargé de tout. J’étais sollicité d’un peu partout et je travaillais gratuitement. Et ma femme, constatant cela, m’a conjuré de commencer à me faire payer. C’est ainsi qu’elle s’en est chargée et elle est allée faire les démarches à Mbarodi. D’ailleurs, il y avait une autre série qui m’avait contacté quand je jouais le rôle du « Président » dans la série Golden. Marodi l’a contactée (ma femme), ils ont posé les conditions et c’est là que le tour a été joué. Puis, je me suis rendu là-bas. Aussitôt, j’ai commencé à travailler pour eux.

QU’EST-CE QUE CELA VOUS A FAIT DE RETROUVER UNE ANCIENNE COLLÈGUE A SAVOIR MAREME NIANG ALIAS MERE DIAGNE DANS LA SÉRIE MAÎTRESSE D’UN HOMME MARIE ?

Je la félicite ! (Il insiste). J’ai découvert en elle une facette que je ne connaissais pas. Je la voyais jouer à ‘’Daara Kooc’’, mais ce qui m’a surpris en elle, c’est autre chose. D’habitude, quand on vous met en binôme avec quelqu’un pour travailler, vous avez souvent des appréhensions, des préjugés. Moi, je pensais qu’elle était une personne qui avait des préjugés sur les gens. Parce ce que je ne plais pas à tout le monde, on a plus tendance à dire que « dama beuri titeur » et que quand je joue avec un acteur, je le fatigue, lui crie dessus…En gros, je suis imbu de ma personne. Mais pourtant non ! C’est juste un rôle que j’incarne, je ne suis pas agressif, je réfléchis. J’ai fait 45 ans de mariage avec ma première épouse et la seconde on sera bientôt à 6 ans. Les dents et la langue cohabitent ensemble donc c’est normal qu’il y ait de temps en temps de petits accrochages. Mais quelle que soit la situation, il faut savoir la gérer. Il faut être mûr et stratège.

LE THÉÂTRE VOUS A-T-IL ENRICHI?

Oui et non ! Le théâtre m’a enrichi sur le plan intellectuel, mais sur le plan financier, non. Je remercie et rends grâce à Dieu et je lui prie de faire plus de bénédictions. J’ai beaucoup de projets en tête mais, pour cela, on me demande de passer par plusieurs personnes. Or, je suis de nature très fier. Je préfère faire les choses par moi-même. J’aime partager car j’ai le sens du partage. Je le vis et je l’incarne et je le sais. J’ai beaucoup d’expérience dans le sens du partage.

QUELLE A ÉTÉ VOTRE PLUS MAUVAISE EXPÉRIENCE ?

Une fois, je suis allé en Grenoble (France), j’y avais trouvé un groupe de femmes sénégalaises qui devaient faire un spectacle, réalisé par nous. Mais on n’avait pas eu assez de temps pour monter le spectacle. C’était une pièce d’Alioune Badara Bèye et c’était à moi de faire le montage. Avant leur montée sur scène, j’ai remarqué que quelque chose n’allait pas, elles n’étaient pas bien.

Cependant, une fois sur scène, elles n’ont pas bien joué. Quand elles ont fini leurs prestations, personne dans la salle n’avait applaudi. Ils étaient tous en train de les regarder parce qu’elles avaient mal jouées. En un moment donné, j’ai applaudi pour pousser les français à le faire avec moi, mais personne ne m’y a rejoins. J’avais vraiment regretté mon acte. Le spectacle était très ridicule. Quand j’ai applaudi, tout le monde s’est retourné pour me regarder, et j’ai eu trop honte. Si ça ne tenait qu’à moi, tout ce qui vient du Sénégal serait apprécié de tous!

 

QUELLES SONT VOS ACTIVITÉS EN DEHORS DU THÉÂTRE ?

Me reposer et aller jouer Maîtresse d’un homme marié. En dehors du théâtre, j’ai d’autres activités comme regarder la télé par exemple, et j’aime bien le football. Je peux passer des heures devant celle-ci. Il y a aussi les jeunes qui viennent me voir pour me faire part de leurs projets. Je leur conseille ou quand ils ont besoin de mes services, je me déplace pour les soutenir. Sinon, je n’ai pas pour habitude de dire ce que je fais parce ce que j’ai plusieurs facettes. Je préfère que les gens me découvrent petit à petit et que je les surprenne. J’ai eu à gérer pendant 3 années la radio Diapo FM, j’étais le directeur de cette radio communautaire.

QUELLE EST VOTRE RELATION AVEC PAPE FAYE ?

Il y a une chose qui me gêne par rapport à cette question. On a tendance à dire qu’on se ressemble beaucoup. C’est mon ami et je suis son ami.

QUELS CONSEILS DONNEZ-VOUS AUX JEUNES QUI VEULENT SE LANCER DANS LE THÉÂTRE ?

Je leur conseille une citation de Jean La Fontaine : « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.» Donc, qu’ils s’arment de patience et ne se précipitent pas. Je ne dirai pas qu’ils ne sont pas sur la bonne voie, mais, actuellement, ils font à la fois du théâtre et du cinéma. Alors qu’ils ne peuvent pas être comédiens et acteurs en même temps. Il faut savoir  différencier cette nuance. Tout se joue au niveau de l’intelligence et de la maîtrise de soi mais aussi du métier.

QUE PENSEZ-VOUS DE LA COVID-19 ?

L’on nous parle souvent des 5 gestes barrières, et parmi ces 5, il y a une qui m’étonne. Je suis en train de me poser des questions. Quand on doit éternuer ou tousser, on nous demande de le faire avec le creux du coude et je me rappelle qu’à l’école, lors de nos séances de cours de Sciences naturelles sur le corps humain, on nous disait souvent que tout ce qui renferme notre corps, sont les pores. Je suis d’accord sur le fait de prendre un mouchoir y tousser ou y éternuer mais pas le creux du coude parce que les petites gouttelettes qui sortent quand on éternue peuvent rentrer dans nos pores et cela m’inquiète. Ce n’est pas la peine que les gens se demandent si la maladie existe ou non ? Qu’ils mettent les masques, certes il y en a certains qui ont du mal à porter les masques, parce qu’ils souffrent d’autres maladies à côté. Pour ces gens-là, s’ils ne peuvent pas le mettre tout le temps, donc qu’ils le mettent lors des déplacements. La question qu’il faut se poser c’est, est-ce qu’on met le masque pour soi ou pour l’autre ?

Par Anna Thiaw (Stagiaire)




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