MANIFESTATIONS PUBLIQUES CONTRE ADAMA BARROW : La Gambie à l’épreuve de la démocratie




Adama Barrow, le Président de la Gambie, fait face à des manifestations de rue. Les contestataires exigent de lui le respect de ses promesses électorales, notamment son départ après trois ans au pouvoir.  Un mouvement de la Société civile, « Operation Three Years Jotna » » (Trois ans, il est temps), a organisé les manifestations encadrées par la Police.

Le Président gambien avait pris des engagements fermes en la matière en 2016, avant de se raviser pour, finalement, vouloir rester jusqu’en 2021. Ce qui, selon beaucoup de Gambiens, dont certains de ses anciens souteneurs comme Ousseynou Dabo de United Democratic party, est une trahison. Car, comme de nombreux candidats au poste tant convoité de Président de la République en Afrique, on accepte toutes les conditions pour, ensuite, les ranger dans les tiroirs.

C’est ce que Barrow a fait. Or, comme les promesses en politique ne valent pas grand-chose, selon les partisans de l’école de Machiavel, il a décidé tout bonnement de les ignorer. Qu’à cela ne tienne, la Gambie est aujourd’hui face à son destin. Elle est à l’épreuve de la démocratie après avoir vécu des décennies de dictature imposée par Yahya Jammeh.

Les populations ont goûté à la liberté, elles voient ce qui se passe ailleurs, notamment actuellement en Guinée, en Algérie, à Hong Kong, etc. Elles savent qu’elles peuvent et doivent agir quand les orientations définies par le régime ne leur conviennent pas. Mais ce n’est là que l’arbre qui cache la forêt. En réalité, le mal gambien est beaucoup plus profond. Il s’agit, de la part d’une bonne frange de la population, d’un regret de l’ère Jammeh où, certes, ils n’avaient pas beaucoup de liberté, mais on vivait mieux.

Il y a apparemment une déception très forte au sein de ces citoyens. Ils croyaient que la liberté allait apporter l’opulence, il n’en est rien.

Ils ont appris à savoir que l’on peut être libre sans savoir ce que l’on va faire de sa journée, sans pouvoir apporter la dépense quotidienne à sa famille, sans pouvoir scolariser ou soigner ses enfants.

La triste réalité du système démocratique apporté par l’Occident et sans doute mal adapté en Afrique, c’est que la liberté donne la possibilité, pour un groupuscule de personnes, le droit de faire mainmise sur les ressources du pays, d’exploiter les travailleurs, d’instrumentaliser les institutions à des fins politiques pour se maintenir au pouvoir.

En clair, ce qui a changé en Gambie, c’est la peur de dire Non ! Pour le reste, les populations ont le sentiment que seules les méthodes ont changé, mais que le résultat est le même : elles vivent mal.

C’est dire que la démocratie n’est pas la panacée. Elle est certes importante, en cela qu’elle permet des élections libres et transparentes mais, en Afrique, elle ne s’accompagne pas des conditions nécessaires à l’épanouissement des populations, à savoir une justice égalitaire, l’égalité devant les charges publiques, l’égalité de chance pour tous, de bons systèmes sanitaires, éducatifs, etc.

A ce propos, la Gambie s’est ‘’sénégalaisée’’. On est libre là-bas, mais on a de plus en plus faim. Ici, deux millions de personnes sont sous tension et plus de trois cent mille ont besoin d’assistance immédiate. C’est cela notre démocratie. Là où on laisse les gens en rade, incapables de s’insérer dans un système de clans fermés avec une caste de politiciens, de marabouts et d’hommes d’affaires.

Le réveil a été brutal pour les Gambiens. Espérons cependant que Barrow va tout de même continuer à autoriser les marches et va éviter d’embastiller ses concitoyens parce qu’ils protestent, comme cela se passe chez ses voisins. Car, si en plus d’être malheureux, ils doivent perdre leur liberté, ils regretteraient davantage l’ère Jammeh. Et pourtant, ils ne peuvent plus revenir en arrière.

rewmi quotidien




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