Reponse à M MBAYE Non M. Abdoul Mbaye, le Sénégal n’est pas sous ajustement structurel




Dans une publication en date du 17 Aout 2019 parue dans la presse en ligne ‘’ Dakarmatin’’, l’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye a créé la frayeur en déclarant que le Sénégal est sous ajustement structurel. 

Pour étayer ses propos, le Président de ACT soutient que ‘’des mesures d’ajustement structurel sont déjà mises en œuvre ou projetées sous forme de resserrement des dépenses publiques.’’ 

Poursuivant son analyse,  l’homme politique considère que cette situation consécutive au ‘’surendettement et à une stratégie de développement économique reposant sur de grands travaux d’infrastructures qui n’a jamais créé une croissance durable‘’ont eu raison sur la santé des finances publiques.

Ce raisonnement qui ne résiste pas à l’épreuve des faits ne cesse d’étonner, de la part Mr Abdoul Mbaye. Depuis, beaucoup de sénégalais s’interrogent  à juste titre de quel Sénégal parle M Mbaye. D’autres par contre doutent réellement si ce dernier comprend le sens réel de l’ajustement structurel. Ou peut-être cherche-t-il à créer un électrochoc au sein du peuple sachant que la seule évocation de ce concept nous rappelle encore de mauvais souvenirs.

Pour mieux cerner la gravité de ses propos, il urge de rappeler qu’une politique d’ajustement structurel est un programme de réformes économiques que les institutions de Brotten Wood en général et particulièrement le FMI mettent en place en accord avec un pays en proie à  de grandes difficultés économiques et financières. Pour aider ce pays à voir le bout tunnel, le FMI conditionne son aide à la mise œuvre de réformes jugées pérennes ; susceptibles d’améliorer le fonctionnement économique de l’Etat. Ces prêts d’ajustement structurels ou prêts d’ajustement sectoriels sont débloqués aux furs  et à mesures que cette économie réalise des progrès dans la mise en œuvre du plan de redressement économique.

Cette politique d’austérité  qui tourne autour de  la marchandisation des biens communs, la dérégulation de l’économie et l’ouverture au libre marché mondial ,intervient en cas de surendettement  de l’administration centrale combiné le plus souvent à un déséquilibre accentué du cadre macroéconomique se traduisant par l’incapacité de l’Etat à faire  face à la majeure partie de ses obligations.

Sur la base de ce qui précède, Monsieur Mbaye, avec un peu d’objectivité non sélective de votre part, vous conviendrait avec moi que notre pays est très loin de ce tableau  hideux dans lequel vous semblez le peindre.

En effet, la bonne santé de nos indicateurs macroéconomiques écarte tout risque d’ajustement 

Primordialement, le niveau d’endettement de notre pays, ressorti à 46 % du PIB, est largement au-dessous du plafond communautaire dont l’encours total de la dette publique est fixé à 70 %, plafond retenu dans le cadre de la surveillance multilatérale de l’UEMOA. 

S’agissant de’ l’Instrument de Soutient à la Politique Economique, plus précisément, l’analyse de viabilité de la dette qui s’effectue dans le cadre de viabilité de la dette publique, l’évolution des ratios d’endettement par rapport à leur seuil sont rassurant. A ce niveau, aussi bien les ratios de solvabilité qui mesurent la possibilité de l’Etat  à honorer ses engagements à moyen et long terme, que les ratios de liquidité qui apprécient la capacité de l’Etat à faire face à sa dette, contredisent les allégations de M Mbaye sur l’imminence d’un ajustement structurel au Sénégal.Mieux, les résultats du scénario de référence montrent clairement que les ratios de viabilité sont contenus dans la limite des seuils fixés. Idem pour les ratios de liquidité, à savoir le service de la dette rapporté aux exportations et le service de la dette par rapport aux recettes budgétaires restent bien en deçà des seuils même si des pics ne sont pas à exclure à terme.C’est justement pour prévenir ces pics qui se rapprocheraient à terme aux seuils arrêtés  que le FMI, bien dans son rôle, alerte sur un risque de surendettement. 

Il apparat claire alors, concernant la dette publique, M MBAYE fait une confusion grave entre l’endettement, le surendettement et le risque de  surendettement qui renvoient à des réalités différentes. Cette même confusion faite à dessein, a été notée de sa part au sujet du resserrement de la  dépense publique qu‘il considère à tort comme un prélude à la mise place d’un programme d’ajustement structurel. Et pourtant, l’objectif visé par le gouvernement à travers cette politique de rationalisation  des dépenses a pour seul but l’efficience de la dépense publique.

Les allégations de Monsieur MBAYE sur la détérioration des finances publiques ne correspondent pas non plus à la réalité .A cet effet, un simple examen de la gestion budgétaire pour le mois de juin 2019, caractérisée par une mobilisation des ressources en hausse de 7,5% en glissement annuel, nous éloigne davantage du spectre de l’ajustement structurel dans lequel  M MBAYE semble vouloir destiner notre pays. Toutefois, force est de reconnaitre que la moins-value de recettes enregistrée ces derniers mois n’est pas une bonne nouvelle. A cela s’ajoute la détérioration du solde budgétaire, ressorti à 452,8 milliards contre un déficit de 303,2 milliards à la même période de l’année précédente. Cependant, dans l’ensemble, notre gestion budgétaire continue d’être marquée par une mobilisation satisfaisante des recettes et une exécution soutenue des dépenses publiques.

Concernant le compte extérieur, le déficit quasi-structurel de la balance courante, imputable par la mauvaise santé de la balance des biens est une préoccupation majeure même s’il faut se féliciter du bon comportement du solde des transferts.

S’agissant de notre stratégie de développement, contrairement à l’approche de l’ancien premier ministre, le gouvernement doit maintenir le cap. Notre pays doit poursuivre la réalisation d’infrastructures et des investissements productifs pour servir de support à la croissance. Parallèlement, l’édification d’un secteur privé national dynamique articulée à l’amélioration de l’environnement des affaires est à accélérer pour faire du Sénégal une destination phare des investissements directs étrangers en Afrique. 

Pour terminer, l’ajustement structurel est programme négocié entre un pays et le Fmi qui débloque le financement suivant la mise en œuvre des reformes. Hors le Sénégal a souverainement renoncé à l’aide financière du FMI avec lequel nous restons désormais  liés par un programme sans décaissement dans le cadre l’ISPE. Ce qui limite considérablement les marges de manœuvre de ce dernier vis-à-vis de notre pays. Mieux, Le Sénégal s’est affranchi de l’aide financière du FMI au moment où des pays européens frappent aux portes de l’institution internationale pour quémander un accompagnement financier.

Pour conclure, l’ajustement structurel est une simple vue d’esprit de M. Mbaye car, sur cette question, le Sénégal n’est pas un profil risque. L’ajustement structurel n’est pas à l’ordre du jour au Sénégal. 

Fait à Dakar, le 28 Aout 2019

Moustapha DIEME

Coordonnateur du Réseau pour le Développement et la Liberté (RDL)

Responsable APR à  Grand-yoff Membre du CCR




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